Décalage immédiat

Prenez une jeune fille pour qui la solitude est une source d’angoisse profonde, un pays (voire même un continent) qu’elle ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, une paire de birkenstock, un peu de décalage horaire dans les dents, mélangez tout ça et vous obtenez ma situation actuelle avec 2 piqures de moustiques en prime.

Les quatre derniers jours parisiens ont ressemblé à un véritable marathon en apnée, shootée après 6 vaccins d’un coup, pas le temps de me poser (et de me reposer), j’en paie peut-être un peu le prix.

Alors quand je finis ma journée de travail à 17h38 pour être à 17h40 dans la guest house, je n’ai de cesse de me demander « Mais pourquoi me suis-je mise dans cette situation ? Pourquoi me mettre toute seule en difficulté ? Qu’est-ce que j’ai voulu aller prouver à la terre entière ? ». Parce que la vision de l’expatrié globe-trotteur n’est pas si romantique que cela et je prends une réalité qui me dépasse de plein fouet, une réalité pourtant classique, sans catastrophe ni conflits. Je me sens en train de vivre le rêve de quelqu’un d’autre. Ma première expérience d’expatriation m’avait insufflé un tel air d’indépendance que je pensais retrouver ce ressenti en arrivant ici. Jeune, étudiante, un territoire connu, une langue familière… Retrouver mon « auto-suffisance », ma capacité à être seule et épanouie était pour moi une quasi évidence.

Soirée de l’ambassadeur pour les newbies français, sans Ferrero rochers, j’en viens à me demander ce que tous ces gens font ici ! Ils racontent que ça fait 4 mois qu’ils sont là « quaaaatre moiiiiis entierssss ???? ».

C’est en pleurnichant, discutant, le premier soir auprès de Lui qu’il me cite Richard Bach : « Tu cherches les problèmes parce que tu as besoin de leur solution ».

Alors oui je voyais parfois dans cet exil une forme de psychothérapie et bien souvent cela débute par une première phase de décharge émotionnelle. Je me purge d’affects, mes angoissent n’ont que rarement été aussi vivaces, je suis à vif pour supposément construire une carapace plus saine que la précédente. Vous voyez, on la retrouve cette fameuse « mue »… J’essaie de me convaincre que ça va passer, je me force à m’inscrire dans la réalité, je planifie d’aller au festival du film européen (moi qui ne jure que par le mk2-bibliothèque)… mais tout ça dans une pseudo agitation non constructrice : il faut passer le temps.

Alors oui, il y a une forme de honte à être aussi sensible, à se laisser submerger littéralement par l’émotion, la distance, l’insécurité là où j’imagine des dizaines de personnes rêver d’être à ma place. Ma routine parisienne me semble d’un coup si confortable, mon projet de repeindre ma cuisine si simple et reposant… et pourtant je dois définir un mandat pour les travailleurs pairs, définir une stratégie de recrutement, redéfinir les conditions d’engagement et réfléchir à une politique médicale dans un pays où… etc. etc.

D’ailleurs, on ne dit pas vraiment « mingalaba » ici…

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5 thoughts on “Décalage immédiat

  1. Du 10 au 19 septembre, espace entre tes deux derniers blogs, tu es en effet devenu autre. De mademoiselle Tout-le-Monde, tu es devenu l’une des quelques personnes qui ont eu le courage inouï de vouloir faire quelque chose de leur vie en choisissant d’aller dans un autre monde, le Tiers Monde, comme on dit, pour aider du mieux que tu le peux, avec des réussites et des difficultés, comme dans toute entreprise humaine, d’autres personnes qui sans ta présence, auront dû mal à vivre correctement.

    Bien sûr, le choc des cultures, des températures, des nouveaux environnements t’eblouissent et te déstabilisent. Mais au delà du choc, il y a la promesse d’une vie réussie car elle s’inscrit dans le service de l’homme et l’amour du prochain. Tu sais que c’est le plus grand Commandement.

    Macte animo.

    J.P

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  2. En tout cas, tu peux au moins etre sur d une chose, on est tous fier de ce que tu entreprends, et puis tu nous manques aussi, mais je pense qu’avec les journées de travail qui vont commencer a bien se remplir avec l’experience, tu devrais ne plus rentrer avec un torrent devant les yeux, et commencer à, je l’espere, savourer autrement ce periple, plutot qu’une souffrance comme actuellement!
    bon et dis a tchang de pedaler plus vite à la cave, que le reseau soit stable pour skype ^^

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  3. Pingback: Birmanniversaire | Gisèle en Longyi

  4. Pingback: Birmaniversaire #4 | Gisèle en Longyi

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