Un espace à soi à l’autre bout du monde

Il a fallu 12 jours pour que je sorte les photos de ma valise. Auparavant, il y avait comme une faille spatio-temporelle, une dissonance cognitive qui rendait le geste impossible. Cet espace ici ne semblait pas vraiment réel, cette chambre, ne pouvait pas être la mienne.

Je dormais le plus au bord du lit possible, je ne défaisais pas complètement ma valise, je remettais mes pots de crèmes systématiquement dans leur trousse de toilette. Il n’y avait que ma brosse à dent qui avait trouvé sa place directement au bord de l’évier. Mais après tout c’est bien là l’objet qu’on oublie le plus souvent. Je pouvais partir du jour au lendemain et laisser ma brosse à dent sans incidence.

Encore aujourd’hui, la pensée de la distance géographique me séparant de mon foyer me donne littéralement le vertige (Eh oui, il est possible d’avoir des sueurs froides même par 33° et 80% d’humidité). Savoir qu’il me faut près de 20h « porte à porte » pour retrouver mes proches est toujours dur à digérer.

Alors qu’est ce qui compte dans ces moments-là ?

  • Internet : sauf qu’ici la connexion est plus qu’aléatoire, elle est même totalement anarchique.
  • Des mots, des mails : cela permet à retardement de recevoir un peu de chaleur, un peu d’« énergie sociale »
  • Des « on vient » : et là est un point sur lequel je vais m’attarder.

A Paris, il peut m’arriver de passer des soirées sans voir personne, dans le confort de ma cuisine minuscule, en fond sonore sex and the city, sans angoisse trop importante (même si même dans ma Capitale la solitude ne me plaît pas). Je sais que j’ai une amie à 3 minutes à pieds, mes parents à 30 minutes en transport, je peux appeler quasi n’importe qui et aller boire un verre en bas de chez moi pour palabrer sur nos journées respectives. Ici, ne pas pouvoir partager mon quotidien est très déstabilisant. Skype, Facebook et compagnie possèdent réellement leurs limites. Il n’y a pas l’impulsivité du « viens, on va boire une bière ». Et même après quelques rencontres, le lien n’est pas le même…

Je suis encore au stade du tâtonnement face à ce nouvel environnement. J’ai envie de l’explorer (qui ne rêve pas d’aller à Bagan ou sur le Lac Inlé pour ne citer que ces lieux parmi les plus connus) mais je ne me vois pas le faire seule (et puis bon j’ai du boulot accessoirement…)(et autant attendre la belle saison)(oui je me trouve des excuses faciles). Il n’y a pas une activité que je fasse ici sans que je ne pense à telle ou telle personne : « ce cocktail Lui plairait tellement / Putain ils vendent la glace favorite de ma mère / Bon si elle vient, faut qu’elle mange des nouilles shan / Faut trop qu’ils viennent visiter cette pagode ». Alors savoir que mes proches veulent partager un bout de cette aventure avec moi, qu’ils planifient doucement leur séjour me permet de penser « ok, je peux tenir 9 mois, ok je ne suis pas seule ».

Petit hic dans l’histoire : pas de visite prévue avant… décembre au mieux (Clarisse, si tu me lis, viens et n’oublie pas les « femme actuelle »…).

Mes photos sont donc scotchées devant moi, une guirlande lumineuse pour « Thadingyut » encadre le miroir que j’ai pris dans le couloir de la guest-house… j’ai aussi kidnappé un fauteuil en pseudo-rotin dans le salon avec un joli coussin, une lampe de chevet qui trainait dans un coin. Ma valise est quasiment vide, mes crèmes sont éparpillées partout sur l’étagère.

Je pense qu’on peut dire que je fais de cette pièce « ma » chambre.

Et pour corser quand même cette « épreuve », on déménage mi-novembre pour une nouvelle guest house.…

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4 thoughts on “Un espace à soi à l’autre bout du monde

  1. on a checké un peu avec Jen, et ça sera certainement fevrier notre debarquement…si tout va bien EVIDEMENT, mais a priori c est en bonne voie, et au pire…on mangera des patates le mois suivant ^^

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  2. On va se bousculer sur les trottoirs de Rangoun, il faudra faire la queue au restaurant en terrasse que tu nous a photographié, il faudra prévoir et s’inscrire pour ne pas nous voir tous débarquer en même temps. Ou alors on se fera une petite bouffe. Riz sauté et curry de légumes. Miam miam ! Nech va adorer.

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  3. Pingback: Il y a un début à tout (sauf au saucisson qui en a 2) (mais ici il n’y a pas de saucisson) | Gisèle en Longyi

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