Made in Yangon

Je fais la crise de la cinquantaine… de jours. Panne d’inspiration, tête baissée, je pourrais parler de l’actualité géopolitique en cours, des manifestations qui s’ébruitent, du trafic routier toujours plus intense, du fait que je suis passée devant la maison d’Aung San Suu Kyi… mais rien de tout cela n’éveille vraiment mes terminaisons nerveuses.

Alors pour faire dans le léger et le typique Birman et pour vous faire voyager sans prise de tête, en marge des fashion-weeks européennes, parlons couture et mode.

Il est vrai que c’est un détail que j’ai très rapidement remarqué : les femmes sont très soignées. Les tenues sont colorées, leurs ensembles coordonnées, soigneusement et discrètement maquillées, elles savent définitivement se mettre en valeur tout en conservant un aspect traditionnel.

Pour les hommes, nous ne pouvons pas toujours en dire autant… les couleurs sont plus ternes, les motifs généralement à carreaux avec une chemise ou des tee-shirts usés. Mais ce qui est agréable et auquel il faut être attentif c’est le bruit de la marche des hommes, le frrrr frrrr duveuteux des longyis.

Pour l’aspect culturel, chaque ethnie du Myanmar possède son tissu reconnaissable parmi tous, son « empreinte-textile »… je ne suis pas encore familiarisée avec chacun d’eux donc pour le cours d’histoire de la mode Birmane, il faudra revenir plus tard.

Le principe est donc d’acheter son tissu (pré découpé au format longyi, on n’achète pas au mètre ici) et d’aller chez son tailleur fétiche choisir son patron. Quelle forme de jupe, quelles manches, quel col, quels boutons… avec la sensation de réinventer la mode et de jouer à la poupée grandeur nature. Au Myanmar, chaque femme devient le mannequin d’un jour… plusieurs fois dans l’année. Détail important, ces artisans sont très nombreux partout dans la ville et en trouver un qui vous  scie peut prendre du temps, surtout avec la barrière de la langue.

En arrivant, une camarade d’aventure m’avait présente une couturière officiant au Bogyoke Market car celle-ci avait l’avantage non négligeable de parler anglais. Mais je n’ai pas été inspirée et ai
préféré patienter… une vertu parait-il.

Ma visite dans le Kachin m’a tout naturellement amenée à acheter deux pièces de tissus… Curieuse de transformer ce produit brut en magnifique jupe / chemisier, je reprends ma quête de la parfaite
couturière. On pourrait probablement en faire une télé réalité d’ailleurs.

Lors de mes promenades dans mon cher quartier, j’avais repéré une petite échoppe. Un lundi soir, avec mes quelques mots de birmans et l’un de mes tissus, je pousse la grille. La petite dizaine de tête officiant derrière le tacatacatac des machines à coudre se redresse, et autant de sourire chaleureux et de pommettes recouvertes de thanaka.
Elles n’ont visiblement pas l’habitude de voir une étrangère débarquer toute transpirante. La patronne vient à moi (ou en tout cas la plus âgée des couturière), et nous conversons entre mimes, mots et rires. Je choisis des modèles parmi les magazines à disposition, elle me suggère des formes. Elle prend mes mesures et me donne rendez-vous deux semaines plus tard (parce que c’est la première fois, elle me prépare ma tenue plus rapidement). Elle m’a inspiré confiance. Je suis heureuse.

Deux semaines plus tard, me voilà donc pleine d’optimisme.

Celui-ci s’est un peu calmé en arrivant car n’ayant pas assez de tissu, elle a changé d’idée pour le haut. Bon. Tant pis. J’essaie le tout, je mime que je veux l’ensemble plus moulant. Car oui, pudeur et moulant s’entremêlent tout à fait respectueusement ici. Elle me l’ajuste, un coup de machine à coudre et de fer à repasser plus tard, je repars avec ma tenue classique, sur mesure, dont le tissu m’a couté 4500 kyats et la couture 9500 kyats en tout.
Je vous laisse convertir en euros.

Aussi tôt repartie, aussitôt revenue avec une nouvelle pièce de tissu (cette fois jupe ET haut) pour une nouvelle création qui m’attendra à la fin du mois.

 

(N’ayant pas de miroir plein pied, il faudra attendre avant d’avoir le résultat en images.)

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