Birmaniversaire #2

Deux mois. Selon doctissimo c’est le mois des nausées, de la fatigue, des courbatures, c’est le mois où les risques sont toujours bien présents, où le bébé prend forme.

DSC05843Pas de symptômes de grossesse donc, mais mon bébé prend effectivement forme, pas nécessairement à la vitesse à laquelle j’aimerais. Les projets RH se dessinent plus nettement, j’ai pu rencontrer une majorité des équipes terrain dans le Kachin et à Pyapon, j’ai rayé certaines lignes de ma « to-do list », j’en ai rajoutée au moins tout autant, j’avance, j’apprends, moi aussi je grandis mais sans liquide amniotique.

 

La perspective de Noël en famille me rassure mais j’ai dû composer avec un sentiment de frustration assez prononcé. Par moment, lorsque je suis au cœur d’une activité particulièrement amusante ou d’une situation loufoque par exemple, je suis sérieusement agacée de ne pas pouvoir la partager avec quelqu’un qui m’est cher. Je suis seule témoin de cet événement alors que j’aimerais vivre cet instant à 2 ou à plusieurs. Oui, j’ai maintenant une petite bande avec laquelle je traîne et j’éprouve pour chaque membre qui la compose une profonde sympathie et un grand respect pour le travail qu’ils font ici mais ce n’est pas pareil. Ce ne sont pas « mes » proches. Je réalise petit à petit cette recherche de continuité qui m’anime et ici les choses auront un terme. Et c’est précisément ce hiatus-là qui me frustre. Enfin, je crois.

Il parait qu’en moyenne il faut 3 mois pour s’adapter. Alors soit j’ai eu une adaptation éclaire, 1 mois, soit ce que je ressens actuellement fait partie du cheminement classique des 3 mois.

Ce travail me fait avancer, cette mission m’enrichit et en même temps elle me teste. Elle teste ma maturité professionnelle : je réalise que je ne possède pas réellement de réflexes « terrain », qu’entre différents interlocuteurs je peux me perdre (ou perdre patience), que malgré tout il me faut, encore à mon âge, des coups de pieds au derrière des feedbacks pour retourner sur un chemin plus pertinent et mieux avancer. Mon surmoi me fait régulièrement la morale et peut aussi me renvoyer un sentiment proche de l’incompétence en me rappeler au passage que je n’étais pas le premier choix pour le poste (oui, il peut être totalement sadique et chiant par moment). Cette mission teste mes angoisses : j’ai développé l’inquiétude de « perdre du temps » et bien entendu, petite demoiselle avec les yeux grands ouverts, j’ai besoin qu’on me rassure parfois, j’ai besoin de retours positifs. Sauf qu’ici, une petite demoiselle ne sera pas rassurée, elle doit être opérationnelle et apporter des solutions, elle doit être efficace et méticuleuse, elle doit être sûre d’elle et avancer car 9 mois, c’est long, mais c’est très court. Mon romantisme se retrouve rembarrer par cette réalité professionnelle plus froide, même par 35°C. Je suis au cœur d’une expérience où ma sensibilité s’éveille à chaque instant mais où je dois composer avec un travail plutôt rêche. Mais j’essaie de mon mieux avec les outils dont je dispose, avec le savoir que je développe et avec mes piqures de moustiques. Elle teste aussi ma patience : la barrière de la langue peut parfois me ralentir encore plus, il faut demander plusieurs fois la même chose, plusieurs jours d’affilé avant de l’obtenir (et pourtant j’ai appris à m’exprimer de façon simple et synthétique). Et je me retrouve la tête sous l’eau rien qu’en pensant aux échéances qui s’approchent plus rapidement que le Concorde. Évitons de finir façon « Gonesse ».

Si vous ajoutez à ça des mauvaises nuits successives dans le décor alors vous avez une mise en scène proche du naufrage du Titanic.

Mais bon, la bière Myanmar est plutôt agréable et légère, ça aide, et les week-ends restent plutôt animés…
Je me demande parfois si l’expatrié de base n’a pas une légère tendance à l’hyperactivité ou si c’est juste dans ma tête. Il faut combler les moments creux le plus possible, anticiper les weekends pour être sûr de faire quelque chose, de voir du monde, de s’aérer l’esprit, et d’avoir sa dose hebdomadaire de houblon recommandée par l’OMS.

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Alors, quels sont les signes d’une adaptation réussie après 2 mois ? Est-ce de ne plus s’extasier devant chaque Pagoda ? Ou avoir sa première tenue Birmane sur mesure ?

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Prochain point #birmanieversaire en direct de l’aéroport… !

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7 thoughts on “Birmaniversaire #2

  1. Intéressant, cette analyse du temps qui passe. Le côté temps biologique avec le rapport des 9 mois de grossesse et la durée de ta mission. Le temps chronologique avec l’impression du temps nécessaire pour accomplir ta tâche et le délai qui t’est imposé. Le temps vécu surtout, pas à la même vitesse pour tous. La rapidité parisienne face à la nonchalance asiatique, l’appréhension des échéances, l’attente de Noël et du retour en France, le sentiment que toute cette mission se terminera inexorablement et que des occasions pourront être passées sans que tu les remarques alors qu’elles auraient pu apporter tant de nouveautés !
    En somme, tu as une vision “jankélevitchienne” de l’existence. (Ceci est un compliment)

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  2. “Savoir qu’on peut ne plus être là où l’on est fait la différence avec celui qui jamais ne pourra s’affranchir et s’émanciper du lieu où se déroule son existence au quotidien” Michel Onfray

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  3. Pingback: Jordaniversaire #2 | Gisèle en Longyi

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