“Je” sont les autres

IMG_6089 - CopieGrande romantique, j’aime analyser les liens et sentiments qui m’unissent aux autres et leur tissage. La distance joue le rôle d’un catalyseur de relation. Loin des yeux, loin du cœur n’est pas un proverbe exact à mon sens, au contraire.

J’avais déjà remarqué ce phénomène sans vraiment y réfléchir lors de mon année à Montréal et réalisé qu’en quelque sorte, du fait de l’éloignement de son cocoon d’origine, on se « re-crée » une famille de substitution. Partager une expérience unique et qui vous change fondamentalement charge ce lien d’une intensité toute particulière. Les témoins et amis de ces quelques mois s’inscrivent dans votre histoire. Alixia et Ariane font parties de mon histoire. Et même si le temps passe, même si le lien n’est plus aussi soutenu qu’à la bonne époque, il est toujours vivant et sincère. Nous avons partagé une expérience formidable, nous avons évolué ensemble.

Concernant mes relations parisiennes, je pense que le mot clé serait bienveillance. De façon bilatérale. Être loin n’est pas évident pour tous. Il y a sans doute des personnes qui gèrent la distance de façon totalement banale mais je n’en fais clairement pas partie. Ma famille et mes amis de Paris sont un réel soutien, malgré le décalage horaire et cela donne un peu plus de profondeur dans les interactions. En quatrième, j’avais appris cette phrase latine (assez cheesy  certes) « in difficultis, amici apparent », on pourrait aussi dire « Ex patria, amici apparent » (mea culpa Papa si mon latin n’est pas correct).

Ici, je retrouve ce même phénomène et devine déjà quelles personnes vont être importantes par la suite. Je me suis amusée à créer un arbre généalogique pour situer un peu cet environnement social ici, à Yangon et ancrer certaines mes racines ici dans les méandres de l’expatriation. A la façon de l’arbre sur la photo, les liens s’entremêlent en creux et bosses, finement ou largement, ici ou ailleurs.

J’ai bien entendu envie de commencer par Claire.

Claire serait la tata Tasmanienne qui picole toujours un peu trop, un peu perchée mais tout aussi soucieuse du bien-être des autres. Hyper impliquée dans son travail, elle va néanmoins se retrouver sur la chaise d’un tatoueur a Pattaya pour changer un vieux tatouage de fleur en… avocat « because avocado are waaayyyy coooooler than flowers ». C’est la reine des plans bizarres, bien la seule nénette que je connaisse qui ose aller se faire masser dans un salon pour hommes….

Ensuite Mélanie, la maman upper-east-side version Indienne, celle qui aime recevoir chez elle, dans son petit appartement soigné, avec un gin tonic à la main et un poulet au four. D’apparence un peu froide, elle ne cache pas ses origines huppées et son parcours sans faille mais reste pour autant totalement aimante. Son petit côté farfelu, un brin « posh », réside dans son envie de venir à Paris suivre des cours de cuisine et ouvrir son restaurant.

Nous avons aussi Karen… ce serait un peu la sœur Danoise de la tata qui picole toujours un peu trop mais qui picolerait un peu moins. Leur point comment : leur générosité. Karen est celle qui va t’envoyer un petit smiley comme ça ou avec qui tu vas t’assoir dans le coffre du taxi parce que les autres sièges sont pris et parler en birman au chauffeur depuis le fond de la voiture. Toujours partante pour tout, d’un optimisme débordant, elle n’a pas peur du ridicule et ça fait un bien fou ! Du prozac personnifié !

Quant à Serena et Cesar : la cousine Anglaise un peu éloignée et son copain Mexicain qui savent détendre l’atmosphère en toute circonstances. Cesar pourrait aussi être le tonton de substitution à remplir ton verre quand celui-ci est vide.

Et puis Guleed : ca serait l’ami, aussi Danois, du lycée de Karen (en vrai ils se sont rencontrés sur le terrain en Afrique), même état d’esprit, très bon danseur, très jovial, à eux deux ils mettent l’ambiance pour toute une soirée. Et quand ils commencent à se chamailler, le spectacle est encore plus hilarant.

Enfin, pour ne pas l’oublier, la charmante et délicate Caitlin, la petite sœur d’un peu tout le monde. Stagiaire ici pour ActionAid, elle m’a présentée de fil en aiguille à certaines personnes décrites plus haut. Son calme a réellement contribué à apaiser mes premières semaines à Yangon avant qu’elle ne reparte vers son Australie natale.

Et moi ? Je me situe où ?

D’une certaine façon, car ils travaillent tous pour la même organisation (hormis Guleed), je suis un peu en marge. Je serais peut être la tata un peu éloignée, dont l’accent anglais s’améliore avec son taux d’alcoolémie, folle de karaoké, chantant les tubes birmans des taxi avec Karen, tout en restant un peu bougonne par moment (Française oblige) mais dont la sensibilité s’éveille à chaque instant.

En apprenant à se connaitre mutuellement, je réalise que derrière ces larges sourires et cette joie, nous avons toutes et tous nos démons, nos idées noires, nos difficultés mais que l’énergie qui se dégage de nos « get-together » fait rayonner nos quotidiens sous le soleil du Myanmar. Nous grandissons ensemble. (Est-ce moi ou bien je donne l’impression de faire partie d’une secte ?)

Et puis il y a tous les autres, ceux avec qui tu discutes un soir, que tu recroises quelques semaines après par hasard en les saluant chaleureusement ou que tu ne recroiseras jamais. L’expatriation habille le rapport humain de son plus simple appareil. La diversité d’émotions qu’elle suscite en chacun de nous nous pousse à être meilleurs et, pour ma part, à lutter contre cette amertume typiquement parisienne.

Bon, bien entendu, il y a aussi des cons.

Comme partout.

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3 thoughts on ““Je” sont les autres

  1. Puisqu’on me demande de corriger le latin, je le ferai. Mais avant tout, je dois dire que ces portraits sont bien vus. Un souvenir de La Bruyère ? Une question: pourquoi pas de birman dans ces personnages?

    Alors, on dirait plutôt :” e patria, … Sans x devant consonne, avec le sens : hors de la patrie. Ou ” procul a patria” ” loin de la patrie” Sinon, il est vrai que c’est quand on est dans la panade qu’on apprécie le mot, le geste d’un ami. C’est d’ailleurs un bon critère pour faire la différence entre les vrais et les faux amis. J’en sais quelque chose.

    J.P

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    • Effectivement, pas de Birmans, malheureusement. Disons que je n’ai pas la même proximité avec mes collègues… Aussi on s’attache plus facilement aux personnes avec lesquelles on s’identifie, ici, l’expat de base.

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  2. Pingback: “Je” contre l’indifférence | Gisèle en Longyi

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