Birmaniversaire #6

P*tain 6 mois !

L’heure est grave. J’entame le dernier trimestre et je sens déjà les choses se précipiter.

6 mois… le bébé s’agite, son système nerveux se développe, il apprend à respirer… On le voit clairement pointer sous le nombril de son hôte et la mère doit s’accepter telle qu’elle est. S’agiter. Oui c’est bien le bon terme !

photo (1)

En hommage raté à Guy Delisle, je n’ai certes pas réussi à être parrainée pour avoir accès à la piscine du Club Australien mais j’ai réussi à avoir accès à la piscine de la résidence d’un australien (mots clés identiques – semi succès donc !) jusqu’au nouvel an Birman. Au fond, le résultat est le même : une Clara qui fait lentement ses longueurs est une Clara heureuse. Retour dans un liquide amniotique, à l’abri de tout et de tous (sauf des coups de soleil). Eh oui, ma piscine de prédilection n’est plus accessible pendant la saison chaude… logique birmane imbattable.

Et même si j’évite de parler du travail sur ce blog, j’ai bien besoin d’une eau à 29 degrés quand je fais face aux limites de la communication entre siège et terrain, quand je jongle entre frustration et démotivation, interprétant certaines phrases comme des jugements négatifs sur mon travail… Heureusement que mes collègues ici le valorisent ou tout du moins reconnaissent mes efforts pour mener à bien cette mission parfois un peu complexe et me soutiennent. Car oui, c’est ma première expérience sur le terrain, car oui il y a très clairement des choses que je n’ai jamais faites auparavant, car oui je suis junior, car oui j’ai des choses à apprendre et j’ai envie d’être précise, de viser juste et d’arriver à un résultat de qualité qui permettra d’améliorer certains aspects RH ici sur un long terme. La distance peut rendre légèrement paranoïaque et en même temps, je n’ai pas croisé un expatrié qui n’a jamais remis en question les consignes / remarques / décisions du siège. Ayant été des deux côtés du miroir, même sur une période courte, je ne sais plus réellement où me situer au final.

Travailler dans les ressources humaines au sein d’un pays qui « s’ouvre » n’est pas aussi simple qu’une recette de quatre quart. L’émergence d’une future classe moyenne, l’arrivée de nouvelles structures privées avides de compétences et proposant des salaires parfois délirants, un droit du travail fluctuant complexifient encore plus la tâche. Ne soyons pas dupes, mes collègues birmans n’ont pas les même motivations idéologiques que nous, expatriés. J’ai le sentiment que l’époque de grâce des ONG est dépassée et que la machine se met en route vers un chemin un peu plus… capitaliste ? Oui je me sens fière de travailler pour une ONG et dès mes études j’ai fait le choix ou du moins le souhait d’un parcours professionnel qui irait « vers l’autre » sans deviner que j’atterrirai ici. Mais pour mes chers collègues, travailler pour une ONG n’a pas nécessairement la même signification. Il faut dire qu’on est vraiment nombreux, partout dans le pays. Un secteur comme un autre.

Tous ne sont pas comme ca. Certes.

De la même façon que je suis sûre que certains employés dans les sièges d’ONG ne s’identifient pas tant que ça à leur structure. Un job comme un autre.

Je ne peux pas leur en vouloir car les Birmans sont intrinsèquement généreux et bons. Mais parfois, je me demande si c’est une bonne chose que le CEO de Starbuck soit passé à Yangon récemment. J’ai peur de revenir dans quelques années et voir un tout autre décor clinquant et sans ce charme actuel, sans ce côté « birman magouilleur », sans ces petits artisans dont j’ai déjà parlé, je crains pour cette bonté pure et naïve birmane. Cela fait probablement parti de la transition. Que sera sera…

Et puis avant de faire un Starbuck, il serait plus sage de faire des trottoirs non ? (je pense tout naturellement à mon post sur Bangkok)

 

J’ai du rose dans les cheveux, des images gravées dans la tête, du soleil sur la peau. Serena et César ont quitté le Myanmar plus tôt que prévu pour le Nicaragua. Mélanie fait venir son époux ici. Claire continue de faire les yeux doux à son collègue birman et Karen continue de me faire hurler de rire. L’angoisse de l’accouchement se matérialise doucement. J’anticipe la fin de mon contrat, me demande sur quel continent fêter mon anniversaire, sur quel continent prendre une semaine de congés pour me vider la tête, une envie du bassin d’Arcachon ou une envie de Bali… pas trop vite. Je n’étais pas prête pour quitter la France, je ne me sens pas prête pour quitter la Birmanie. Mais j’ai encore trois mois bien chargés devant moi. « Tais-toi et mange » c’est un peu ce que je me dis… Cessons donc de tout décortiquer pour juste simplement profiter et travailler tête baissée, non ?!

 

Après 6 mois, comment se matérialise l’adaptation ? Fredonner les chansons birmanes quand je les entends dans la rue ? Passer à une étape plus conflictuelle dans ma relation avec Yangon ? Ou déjà anticiper la fin ?

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