Hopin and whishin’

Il y a plus d’un mois maintenant, je demande à notre chère et douce assistante RH de lancer la demande des TA (entendre « travel authorisations ») pour pouvoir aller dans le Kachin et plus particulièrement sur les sites de nos programmes, Hopin et Moegaung.

La demande part. Sereine, je me dis que je suis largement dans les temps.

Vous me voyez déjà venir… non ?

Parfois entre le siège-du-terrain et le terrain-du-terrain, la hiérarchie bureaucratique peut se révéler capricieuse et taciturne.

Le jeudi précédent mon départ prévu le lundi, toujours aucune confirmation. Un maigre espoir que ces TA arrivent le vendredi est malgré tout présent. J’attends le tout dernier moment pour confirmer mes billets d’avion et reçois une autorisation d’un premier ministère mais il me manque celles d’un autre. Vol confirmé. L’amour du risque sans Jonathan ni Jennifer.

Lundi matin pointe le bout de son nez, ma valise est faite et compte 5 jours de sous vêtements. Toujours aucun signe du second ministère. Je file à l’aéroport, plus bougonne que jamais. Pour enfoncer le clou, mon avion a 2 heures de retard et l’aéroport domestique de Yangon n’aide pas vraiment à passer le temps. Encore plus bougonne.

J’arrive à Myitkyina, toujours aucun signe du fameux graal. Durant mon vol ils ont tenté de contacter machin qui connait bidule qui peut demander à truc où en est mon dossier. Pas d’information. Ni oui, ni non.

Alors me retrouver, pour rien, dans le Kachin me place dans un état de frustration proche de l’Ohio (et pas besoin d’autorisation pour aller dans l’Ohio !). Diantre.

Mardi matin, toujours rien. Je prévois de changer mon vol de retour et écris à un camarade de yoga que je viendrai au cours du mercredi soir. Dix minutes plus tard, en fait non je ne viens pas à mon cours de yoga.

Et voilà que la secrétaire s’agite devant le fax puis la photocopieuse puis court soumettre les autorisations je ne sais où pour revenir encore plus agitée devant la photocopieuse et me livrer une série de copies de mes autorisations pour chaque check-point du trajet.

paysage - Copy

Trente minutes plus tard nous sommes en route. Et quelle route ! Une seule voie pour un double sens de la circulation, des camions opiniâtres, des 4×4 poussiéreux, les bords de route ne semblent pas très amicaux. Mais le paysage est magnifique. Des terres brulées à perte de vue, les collines qui ondulent sur l’horizon… et puis soudain, on s’arrête. Je regarde par la fenêtre « ah… ils ont décidé de construire un pont ! ». Un birman vient à notre rencontre sur son scooter et nous propose de le suivre pour contourner le fameux pont. Pas trop le choix de toute façon.

Nous reprenons notre chemin. On s’arrête. Cette fois ils ont décidés de refaire la route (toujours notre même voie unique). N’y a-t-il pas une histoire entre ces politiciens qui refont les routes avant les élections ? Détour dans les champs. Je suis officiellement prête pour le rallie des gazelles. Et ici, les routes sont faites à la main. De 7 à 77 ans, on étale couche de pierres, de gravier, un type court de haut en bas de la route avec un jerricane de goudron percé pour déverser en quantité approximative le liquide luisant sous un cagnard…

Nous reprenons la voie « normale ». On s’arrête. Ils décident d’abattre un arbre devant nous… un arbre… « Nan mais ALLOOOOOOO ». Bon bah on va attendre qu’ils finissent de dégager les branches avec leur… machette ! Certes ça coupe bien mais quand on voit la taille de l’arbre… proche du défi de couper le plus gros arbre de la forêt avec un hareng des chevaliers qui disent « NI » (Monthy Python).

arbre - Copy

On reprend la route en se demandant quelle va être la prochaine épreuve. Mais non, on s’arrête sur la série de 3 (et on ne compte pas les vaches qui font le tapin sur le bord de la route en empêchant les voitures de passer).

Hopin et Moegaung sont des petites bourgades au charme désuet. Chiens errants, camions polluants, scooters zigzaguant… et réduction des risques auprès des usagers de drogues. Zones minières, l’héroïne fait un tabac ici (oui j’ai beaucoup de second degrés aujourd’hui). Si vous n’en connaissez rien je vous propose de regarder cette vidéo pour vous donner une idée du travail des ONG dans les parages.

Bien entendu sur la route, nous avons croisées plusieurs lieux de « désintoxication » façon je t’attache à ton lit et te purifie d’eau bénite pour te libérer de tes démons.

myitk - Copy

C’est pour moi l’opportunité d’apprendre d’avantage sur les programmes en cours, de retrouver le contact avec nos bénéficiaires, d’échanger sourires et tapes sur le dos, de voir le travail des petites mains infirmières dosant la méthadone, de réaliser que la moyenne d’âge tourne entre 25 et 35 ans et que je n’aurai vu que quelques femmes parmi les groupes d’hommes qui se succèdent à la clinique. Je ne rentrerai pas sur les « détails RH » de cette visite.

L’ambassadeur français était sur notre terrain la semaine précédent ma visite. A la rencontre de nos patients, il demande « qu’est ce que vous aimez ici ? », naïvement ils répondent « on peut boire du café et manger un repas gratuitement ». Resto du cœur version Myanmar ? Pas tout à fait. Nos cliniques sont avant tout des lieux de réconfort, de calme, d’échange, sans jugement, sans persécution et bien entendu de soin. Et si se sentir « bien » passe par boire un café, je suis prête à le moudre moi-même.

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4 thoughts on “Hopin and whishin’

  1. vivement skype que tu me racontes le road trip qui avait l air fort drole ( hmm hmm ) et j ai beaucoup aimé ta toute derniere phrase!

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