L’expatriation en héritage

Depuis toujours j’ai eu cet élan de vouloir partir à l’étranger… Stupidement il y a toujours un fossé énorme entre ce qu’on dit et ce qu’on fait.

Mais toujours est-il que les premiers mois je me suis souvent demandé pourquoi certains restent quand d’autres partent. Ce n’est pas juste une simple question d’attache et ce n’est pas juste une simple question de paresse. Il y a des centaines de raisons à rester dans son confort mais sans doute tout autant à sortir de son pays seul(e), et je ne parle pas spécifiquement pour une mission humanitaire.

J’ai rencontré de nombreuses personnes et nous avons tous des parcours différents. Certains avaient déjà plusieurs expatriations à leur actif, pour d’autres c’était leur première fois… Certains savent qu’ils repartiront, d’autres souhaitent renouer avec leur pays d’origine.

Dans mon cas, j’aime l’idée d’avoir reçu l’expatriation en héritage. Du côté maternel, la situation est assez claire entre la Pologne, le Canada et la France. Du côté paternel, cela se situe davantage au sein même de la France, une « inpatriation ». Et à une échelle individuelle, mes parents ont chacun eu leur propre expérience d’expatriation qui font que je suis là aujourd’hui.

DSC06483 - Copie

Je ne faisais absolument pas la fière en arrivant ici tout en sachant pertinemment que ça n’allait que s’améliorer chemin faisant. Je partais avec le désavantage qu’il n’y avait que peu d’expatriés sur la mission (2 à mon arrivée) là où on trouve une dizaine (ou plus) d’expatriés au sein d’autres ONGs. Il fallait donc s’ouvrir davantage et chercher la rencontre de façon un peu plus têtue que naturelle. Mon intuition ferait le reste en prenant soin de l’écouter et mon romantisme me permettrait de sublimer mes maux d’expat’ perdue en mots de Gisèle en Longyi.

Mais il y a donc, dans ma théorie, un petit gène qui pousse mon corps vers les frontières, les frontières de ma psyché et les frontières de mon pays. Comme si à un moment donné, ce gène s’activait pour me pousser à franchir le cap et à larguer… les amarres pour une Odyssée en solitaire le long de l’Irrawaddy. Comme si rester à quai n’était plus possible sur l’instant et que l’occasion professionnelle faisait écho dans mon inconscient. Répéter un scenario parental ?

Je me souviens bien du moment à table, un samedi midi ou un dimanche soir, j’ai parlé d’un poste en Birmanie à mes parents. Ma mère m’a demandé spontanément pour quoi faire. Cette fois-ci, au nom de tous les projets que je n’ai jamais aboutis, je voulais voir jusqu’où je pourrais aller en mettant réellement toutes les chances de mon coté et sans aucune stratégie auto-handicapante qui viendrait noyer ce projet. Ce serait pour moi uniquement, sans attendre l’aval de quiconque si ce n’est leur soutien. Et c’est peut être là la différence entre tous ces « projets que je n’ai jamais aboutis » et celui-ci. Etaient-ce des projets endogènes ou une façon de capter l’autre ? Prendre la voile, pour soi, sans bouée de secours, a fait la différence. Et je savais que ca irait. Je savais que ça irait car je suis née du résultat d’une succession d’expatriation.

Je parlais de « stand by, d’attente et de renoncement » après mon premier mois. Peut-être était-ce simplement la durée de la première étape avant de naviguer dans des eaux plus calmes et réellement capter l’orientation du vent pour se lancer dans cette aventure, atteindre ma vitesse de croisière. Car même si l’expatriation est un phénomène presque banalisé, qu’il y a sans doute différentes expatriations selon la destination, cela est et restera une aventure. A chaque fois.

Alors au delà de l’expatriation, n’aurais-je pas reçu l’aventure en héritage ?

Advertisements

2 thoughts on “L’expatriation en héritage

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s