(Presqu’) en route, mauvaise troupe !

Un lundi matin, en RTT, je me réveille tranquillement quand une pensée me saisit par les épaules “plus que 3 semaines chez MdM”. Même pas un cycle lunaire !

La veille, je remplissais déjà 2 valises de vêtements et de chaussures à rapporter chez mes parents en commençant à réfléchir à ce que je pourrais emporter sur place. Un ami m’envoyait en fin de journée une photo de l’article sur la fusillade de Karak avec une pointe d’humour noir. Et une pensée lugubre s’empare de moi : « Mais si quelque chose m’arrive, ils vont dire quoi ? Canadienne ? Française ? Parce qu’ils ne peuvent pas dire franco-canadienne, ce n’est pas la même chose ! » Pour quelqu’un qui vit dans le 11ème, là où la foudre frappe plusieurs fois, je laisse mon sort entre les mains du destin et passe à autre chose.

Et me voilà donc, ce lundi matin-là, à acheter mon premier guide sur la Jordanie et un « apprendre l’arabe pour les nuls ». Face au rayon tourisme, je constate la maigre sélection pour la Jordanie : le lonely, le routard, le petit futé et le guide bleu. Face à ce même rayon, quelques centimètres plus loin et quelques années en arrière, j’essayais de choisir parmi une large sélection, un guide sur la Birmanie. Même en 2014, la Birmanie était touristiquement plus sexy que la Jordanie. Et sans doute qu’en 2016, la différence doit être encore plus flagrante. Finalement, elle est déjà là. Cette Histoire. Ces conflits. Cette confusion. Le vide qu’ils imposent. Il est devant mes yeux, mon futur poste. Se superposant au faible choix de livres.

J’ai quand même voulu vérifié le soir-même, si je n’étais pas en train de sur-interpréter un constat bancal. C’est donc sur amazon, qui propose quand même une sélection complète, que je traîne ma souris. « guide jordanie ». Et là, mon constat se confirme. Avec une touche beaucoup plus mélancolique. Les guides sur la Jordanie étaient, jusqu’en 2013, couplés avec la Syrie. Maintenant, ceux-là sont vendus à 89 centimes d’euros. Oui, il n’y a que peu de guides, hormis les grands classiques cités ci-dessus. Un sentiment que ça ne va pas changer en mieux d’ici mon retour en France. Je repense à la chronique de Nicole Ferroni. Oui, non, en fait, mon interprétation n’est pas délirante. Il y a bien de la géopolitique dans les guides touristiques. Et l’émotion que ça peut susciter.

Mes pensées s’agitent petit à petit, prenant de plus en plus d’espace, s’étirant pour ne rien dire, m’empêchant d’être pragmatique. Ma charge cognitive est pleine, en sourdine. Coping émotionnel ? Je commence à me plonger dans cette culture, à capter des pans d’Histoire, à tenter vainement d’apprendre à me présenter en arabe, à constater aussi avec amusement la liste de mots arabes intégrés dans la langue française…

J’ai aussi rencontré ma sous-locatrice. Très vivante, assez rassurante. Et lorsque nous évoquions nos déménagements respectifs elle me demande « mais tes parents ne rouspètent pas lorsque tu ramènes toutes tes affaires chez eux ? » et là, je pense immédiatement à ma mère qui me rappelle régulièrement « au fait, tu as toujours 2 cartons d’affaire que tu avais ramenés avant de partir en Birmanie ».

Mardi matin, c’est avec ma collègue Virginie P. (qui veut être citée), que je me remémore ces longues semaines, avant le départ Birman, où j’avais régulièrement droit aux « au fait, tu pars quand ? ». Car à moins de 4 semaines de mon départ, je n’ai pas encore mes billets d’avion. Il en dirait quoi Yoda, hein Virignie ?

Professionnellement, j’essaie de ne rien ajouter à ma to-do list.

Personnellement, j’essaie de ne rien ajouter à ma to-do list non plus. J’ai fini par faire ma prise de sang avec 1 mois et une semaine de retard (mon excuse : j’avais un rhume. Amélie, c’est à toi maintenant). J’ai vu mon dentiste. Mes dents vont bien et peuvent partir mastiquer fallafels, mansaf, et maglouba !

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2 thoughts on “(Presqu’) en route, mauvaise troupe !

  1. Cet article me fait penser non pas à une, non pas à deux mais à trois leçons de Yoda :
    – A tes intuitions te fier, il faut.
    – Difficile à voir. Toujours en mouvement est l’avenir.
    – La peur est le chemin vers le côté obscur. La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… Mène à la souffrance.

    PS: je passe pour une pauvre fille dans ton article, je kiffe! 😀

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