Mon principe d’incertitude

A l’aube de mon nouveau départ, j’ai découvert (ou peut être redécouvert après un oubli massif de mes cours de latin…) le mythe d’origine de la peinture. Une jeune femme, triste du départ de son amant pour l’étranger, retraça l’ombre du portrait du jeune homme. Je ne sais pas encore pourquoi, mais ce mythe traîne dans ma tête depuis quelques jours.

Dimanche, premier janvier, dans les vapeurs de mon réveillon,  j’ouvre un premier œil. Je me rendors. Je répète la scène jusqu’au moment où en regardant l’heure, ma gorge se crispe, dans 2 semaines, pile, je serai dans l’avion. J’essaie de finir ma nuit en pensant à autre chose. La pensée revient, me réveille, me noue l’estomac. Passe. Revient. Renoue.

magritte

Je pense alors à mon ombre. A mon grand nez. Je dévie sur l’empreinte que je laisse ou non. Ici ou là-bas. Je repense à la Birmanie comme si c’était hier. Je flippe massivement d’Amman d’un coup. Puis relativise. Puis flippe de nouveau. Je réfléchis à la dose de masochisme qu’il y a à s’infliger des excès de stress dont le commun des mortels s’épargne. Pourquoi me remettre là-dedans? Pourquoi soulever le tapis qui cache la poussière ? Mais en même temps 6 mois, ça ne représente qu’un tas de poussière plutôt modeste. Est-ce que les autres expat’ sentent un poids les saisir par les épaules à l’approche du départ ? Est-ce que l’inconnu possède pour tous un charme obscur et inquiétant?

On me demande très régulièrement « alors ? pas trop stressée ? ». En fait pas tant que ça. Globalement. Sauf les petits coups de pression qui arrivent d’on-ne-sait où. Ou bien je ne réalise pas vraiment. Enfin si, je devine car je me revois dans la salle d’embarquement au téléphone avec ma mère puis avec mon meilleur ami jusqu’à la dernière minute, tordue près d’un pilier, mon téléphone branché sur la prise secteur. Je me souviens de la séparation douloureuse d’avec Lui. Je me souviens, en sortant de l’aéroport de Yangon, m’être sentie engouffrée dans un nuage de chaleur et ne rien comprendre, juste suivre le chauffeur de la mission. Je me souviens du dépaysement absolu. Et je me souviens de tous ces moments où j’étais juste bien. Isolée à l’autre bout du monde et bien. Je ne me sens pas vraiment stressée mais je me dis que je dois certainement l’être, sans le dire. J’ai quand même de sacrés maux de tête.

On me demande très régulièrement « alors ? t’es prête ? ». En fait pas tant que ça. J’ai fait des tas dans ma chambre chez mes parents. Un tas de lentilles. Un tas de papiers « importants ». Une pochette avec les photos de mes proches. Rapatrier mes affaires chez mes parents a juste été l’occasion de réaliser que j’en ai beaucoup trop. J’ai peut-être un appartement sur place. J’ai peut-être pas mal d’amis qui viendront me voir. J’ai peut-être déjà quelques connaissances basées à Amman. Ca y est, je suis un peu humanitaire, j’ai un petit réseau d’expat sur le terrain. Je sais que je suis attendue là-bas et soutenue ici. Mais je ne suis pas prête. Est-ce qu’on peut être vraiment prêt pour l’inconnu ?

La seule invariable est donc bien mon ombre. Mon grand nez respirera un autre air mais mon ombre sera la même.

 

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