De port en port, de terminal en terminal

J’ai réussi à compartimenter mes émotions durant les 10 jours précédant le départ mais je dois avouer qu’en enchaînant les “au-revoir” des derniers jours, je commençais à bien ressentir une boule dans le ventre.La veille de mon départ, je me sentais comme un dimanche soir avant l’école : petite, impressionnable, l’estomac tordu, la gorge noué. Je ne veux pas aller à l’école. La nuit avant le vol est bien entendu chaotique. Je quitte donc mes parents les yeux cernés, le stress s’infusant de plus en plus fort dans mes veines.

  • 2 bagages : 22,7 et 23,4 kg (chaque balance de l’aéroport indiquant un poids différents).
  • 1 valise cabine : 10 kg
  • 1 sac à main : 3 kg
  • Quelques angoisses : 8 kg

7h42 : Lui m’accompagne à l’aéroport. Il n’y avait pas assez de trafic sur l’autoroute à mon goût et le trajet était bien trop rapide ! On fait mon check-in. Tout se passe bien. Supplément valise payé. On se redit “a bientôt” la larme à l’œil. Puis je file vers ma salle d’embarquement.

Entre temps, je reçois un premier message de la Lufthansa m’indiquant que la porte d’embarquement change. Soit.

J’échange quelques messages avec des amis qui me souhaitent une bonne route. Lufthansa de nouveau ” Your flight is unfortunately delayed, estimated 11:45 AM. Please check-in on time and observe the actual boarding time”.

Bon, à mon état de stress pré-départ s’ajoute une couche d’une bonne dizaine de centimètres d’épaisseur. Je fais un calcul rapide : je devais partir à 10h55 avec une escale de 1h30 à Frankfurt, mon vol pour Amman partant à 13h45. Je préfère attendre un peu.

Lufthansa : “New info : departure time is now estimated for 12:00 PM. Please check-in on time and observe the actual boarding time”.

Je relève la tête et vois mes compagnons de voyage aussi dépités. Nombreux sont ceux qui transitent à Francfort. J’entends l’accent québécois, je vois des billets pour Orlando, j’entends des personnes qui partent vers Denver. Je ne vois ni n’entends parler d’Amman. L’agitation monte un peu. Le stress passe à une couche d’environ 24 centimètres.

Lufthansa : “New info : departure time is now estimated for 12:15PM. Please check-in on time and observe the actual boarding time”.

Là c’est devenu clairement impossible d’avoir la connexion. Le stress passe à 28 centimètres en effet plateau. Je me rends au comptoir des renseignements. La queue se construit rapidement derrière moi. On me confirme que là, c’est dead pour arriver à Amman de cette façon. Alors on me propose de faire Paris / Munich / Le Caire / Amman et d’arriver à 23h passé. Je dis non (pour une fois que je n’hésite pas à faire un choix) préférant l’éventualité d’une nuit à Francfort. Le responsable de la personne s’occupant de moi l’assiste pour finalement me mettre sur le vol Air France, direct, prévu à 14h30.

10H38: j’ai donc un nouveau billet d’avion mais je dois aller réclamer mes valises, passer du terminal 1 au terminal 2E avec le CDG-Val, m’enregistrer sur Air France, et refaire le tralala de la sécurité etc. Niveau de stress passe à une bonne couche de 30 centimètres.

Me voila donc avec ma valise cabine, mon gros manteau sous le bras, mon gros sac à main sur l’épaule, au téléphone avec mes parents et Lui pour les tenir informés façon radio Londres.

Et puis je me retrouve avec une énorme valise à roulette et un énorme sac, plus lourds que moi à eux deux. Un homme m’aide à récupérer mes sacs du tapis en me souhaitant bon courage. S’il savait… Première technique : empiler. Inefficace. Deuxième technique : le chariot. Oui bon c’était ma minute blonde. Sauf qu’au moment de prendre le CDG-val me voici sans chariot. C’est donc le sac de 22kg que je porte comme un sac à dos me revoyant vivre une scène du film Wild où Reese Witherspoon, partant en trek, doit aussi porter un sac a peu près aussi gros qu’elle. Ma situation attire de nombreux regards compatissant. Surtout que je n’arrive même pas à me relever une fois le sac à dos sur les épaules. En fait, 22kg, c’est lourd. Mes cuisses en prennent un coup. En un effort, j’ai du obtenir les jambes de patineuses ukrainiennes des années 80.

Je tire les autres valises avec une envergure d’environ 3 mètres et change de terminal. Oui je prends 3 sièges et bloque 2 autres dans la navette. Et gare à celui qui me ferait une remarque dans cette situation. Après encore quelques déboires, j’arrive enfin dans ma zone d’embarquement. Face à la borne, ma couche de stress monte à 38 centimètres. On me dit que je ne suis pas sur le vol. Je vais donc voir une madame Air France, un peu froide au début, qui a finalement développer un sens de l’empathie face à les cernes et mes yeux rougis par l’effort. Effectivement, elle ne me trouve pas. Là, je me dis, c’est bon je rentre chez moi me coucher.

Finalement je peux m’enregistrer. Elle pèse mes valises, ça coince un peu, on s’arrange, je paie encore un supplément et poursuis ma route. Le stress redescend un peu, la fatigue prenant le dessus.

12h18: j’appelle ma mère pour l’informer que je passe enfin la sécurité et que tout semble en ordre.

13h55: j’embarque.

Le fin mot de l’histoire est que le vol initial est parti à 13h06 pour atterrir à 14h12, frustrée qu’Oxfam ne m’ait pas directement mis sur ce vol direct, ayant perdu du temps pour rien, devant faire ma réclamation à Lufthansa pour récupérer mes 150 euros de frais de bagages, et faisant démarrer cette aventure bien trop tôt à mon goût.

Hâte de trouver un lit où m’allonger, un atarax dans le foie, un pshit d’huiles essentielles dans la pièce (merci encore Amélie) et un accent québécois pour m’accueillir.

Mais avant cela, il va aussi falloir gérer l’arrivée, changer de l’argent, obtenir mon visa, trouver mon chauffeur (s’il a pu venir, le vol atterrissant plus tard que le premier) et prendre mes premières respirations dans ce nouvel air.

Moi qui pensais avoir la providence de mon coté depuis le début du processus de recrutement, je l’ai vu s’amuser un peu sadiquement aujourd’hui alors qu’une large partie de moi voulait faire machine arrière et reprendre ma routine. L’aventure n’attend pas.

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