Il y a un début à tout (sauf au saucisson qui en a 2) (mais ici il n’y a pas de saucisson)

Il me semble important d’exprimer mes premières impressions, celles qui se confrontent à l’imaginaire, celles qui se confrontent à mes lectures, celles qui débarquent à l’improviste. Surtout pour observer leur évolution.

premiere-vue-jordanie
Ce n’est pas évident d’avoir les idées un peu claires à moins de 72h de mon arrivée à Amman. Ce qui est clair, par contre, c’est le déboussolement. Pas de repère géographique, pas de repère linguistique, pas de repère sensoriel. Je suis donc une tabula rasa sur laquelle va se graver petit à petit une histoire. Le premier contact semble simple : à la douane on me souhaite la bienvenue, le chauffeur de l’ONG m’attendait bien de l’autre coté, ma coloc temporaire avait laissé la clé sous le paillasson. Je pose mes maudites valises trop lourdes dans une grande chambre, attrape une pomme dans le frigo. Premier repère alimentaire (sans oublier de la laver et de l’éplucher : réflexe birman). Car finalement, il s’agit sans doute là d’un point important : l’alimentation. C’est peut être même un socle sur lequel se construit à la fois un bien être personnel quand on est loin de tout, mais aussi les premiers liens sociaux.

Ainsi, pour ma première journée de travail, une collègue palestinienne m’a proposé de manger avec elles : hummus et shish kebab. Deuxième repère alimentaire. Un petit bonheur simple qui fait du bien. Une forme d’intégration aussi.

J’étais donc très rapidement préoccupée par l’idée d’avoir une partie du frigo avec mes denrées. Je fouinais pour trouver des endroits où acheter fruits, légumes, pâtes… Ce qui n’est pas si compliqué à Amman mais moins facile qu’en Birmanie. La difficulté étant plutôt de ne pas encore avoir de repère monétaire. Pour l’heure tout me semble cher, surtout avec un porte monnaie peu rempli pour le moment. Ma coloc temporaire me demandait lundi en fin de journée si je ne me sentais pas trop déphasée. Je lui exprime que si, quand même, au moins un peu (en fait beaucoup). Elle me demande ce qui me ferait plaisir alors. Ma réponse aussi spontanée que clichée a été “du pain, ouep, une bonne baguette”. Je reconnais avoir déjà fait une croix sur la charcuterie.

La vie au bureau est extrêmement opérationnelle. On évoque les socles d’interventions de l’ONG dans chaque action. Les échanges entre partenaires et siège terrain sont bien plus animés que ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. En moins de 72 heures, j’ai pu remarquer déjà une synergie, un grand professionnalisme et une ambiance de travail porteuse. Même mon poste de support me semble ancré dans l’action même. Il ne s’agit pas de rétablir des processus RH mais de travailler sur la stratégie du partenaire par le biais des RH chez lequel je serai basée la plus claire partie de mon temps. Mais cela sera l’occasion d’un autre article, lorsque j’aurai une vision plus concrète. Les collègues d’origines différentes se mélangent dans une belle harmonie. On remarque effectivement que les femmes restent plus entre elles et que les hommes sont plus discrets. Une salle de prière est disponible. Les échanges sont simples et conviviaux. Les collègues expatriés sont aussi sympathiques et accueillants même si je ne peux m’empêcher de me sentir comme le fameux chien dans la piscine.

La ville est un peu tortueuse mais le soleil se couchant tôt, je n’ai pas encore vu grand chose en plein jour. Elle semble à la fois uniforme et variée, calme et animée. Je me réveille vers 5h30 avec l’appel de la prière troublant l’appel du sommeil quelque peu. Le résidentiel côtoie la vie de soirée : bar, petits magasins ouverts jusqu’à minuit, épiceries, salon de thé, boucheries, échoppes en tout genre… Les maisons se ressemblent toutes mais quelques bâtiments contrastent totalement avec le reste et semblent en construction depuis de nombreux mois ou bien totalement inutilisés mais neufs. Et puis, non loin de chez moi se situe une mosquée en face d’une église orthodoxe.

Contrairement à mes premiers jours en Birmanie, je n’ai pas traîné pour défaire ma valise. Déterminée ou bien agitée, mes vêtements ont trouvé refuge dans la commode et sur le stoyak, mes trousses de toilettes s’étalent sur une table. Seules les photos n’ont pas encore trouvé leur place au mur (mais je n’ai pas de scotch encore). Je dors au milieu du lit, mes crèmes ne retournent pas systématiquement dans ma trousse de toilette, je recherche activement des repères. Bref, je suis plus adaptée que lors de ma première expérience.

Enfin je crois.

J’ai envie que le temps se presse un peu pour passer le temps d’adaptation, me faire un petit réseau d’amis, me repérer dans la ville, baragouiner l’arabe jordanien… J’ai besoin de passer l’intégration et d’avoir les mains pleines de cambouis, j’ai envie d’établir de longues to-do lists, de planifier ma visite dans les camps mais aussi de faire des breaks au bord de la mer rouge ou à Pétra. J’ai besoin de cette visibilité et pour le moment, elle est aussi embuée que ma fenêtre au petit matin. Bien entendu je me répète à intervalle régulier “Mais pourquoi me suis-je mise dans cette situation ? Pourquoi me mettre toute seule en difficulté ?” (Comme dans mon poste “décalage immédiat”), j’ai quelques vertiges de l’isolement mais ne transpire pas d’angoisses aussi massives qu’en Birmanie.

Ouf.

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