Jordaniversaire #1

J’avais commencé à réfléchir à ce jordaniversaire 1 semaine en avance. Certes les premiers jours étaient assez rudes : nouvelle langue, nouveau poste, nouveaux collègues, nouvelle organisation, nouveau régime alimentaire et aucune routine. « Mais qu’est-ce que je fou la ? » est revenue à intervalle régulier. Puis petit à petit et plus rapidement que lors de ma première expatriation, je pioche mes repères dans mon environnement. Je conserve mes reflexes de françaises : faire des crêpes pour la chandeleur. J’ajoute de nouvelles épices à ma cuisine et de nouveaux mots à mon vocabulaire.

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L’hospitalisation de mon père est venu troubler mon quotidien avec les angoisses de ne pas être sur place, de ne pas pouvoir soutenir, de ne pas être présente. Ma sœur a pris très a cœur son rôle de messagère et m’a permis de me sentir moins isolée et démunie. Mon meilleur ami lui n’a jamais cessé de me remettre les pieds sur terre lorsque je m’emballais. L’issue se veut rassurante.

En discutant avec une collègue, j’évoquais ma vision un peu nombriliste de l’expatriation. Elle a un peu ouvert mon horizon et tempère mon jugement car effectivement, même en étant en plein Paris, on peut baigner dans son égocentrisme sans faire attention. Changer d’environnement serait donc plutôt synonyme d’une ouverte sur un monde. On n’a pas d’autre choix que d’aller vers l’autre, que de découvrir. Car finalement, quel parisien va se dire « et si j’essayais de rencontrer de nouvelles personnes ? »… honnêtement…

Et en parlant de changement d’environnement, le contraste est bien là. En commençant par les méthodes de travail. Comme me l’expliquait une autre collègue, ici il y a 3 façons de dire non : Inch’ Allah, Boukhra (demain), Oui. En un mois j’ai probablement pu accomplir ce que j’aurai fait en temps normal (et en autonomie) en 2 semaines. Mais mon mandat n’est pas le même qu’en Birmanie. Ici, il s’agit de faire du renforcement de capacités. Et la réalité est que ça ne concerne pas que des aspects RH… je renforce en anglais, en Excel, en Word… Au début je me souvenais de la patience que j’avais en fin de mission en Birmanie, me mettant presque dans un état de béatitude. Ici, je ne sais pas si je vais finir pas être de nouveau aussi patiente ou si le problème est ailleurs. Le changement se fait aussi dans mon appartement : je passe de 30 m² à plus du double et vis dorénavant seule, ma coloc ayant démenagée.

Et à la frustration de ne pas avancer aussi vite que j’aimerais, il y a l’inquiétude que les changements sur lesquels je travaille avec mes collègues jordaniennes s’effacent avec mon départ… L’efficacité n’est pas le maitre mot ici. Et il faut apprendre à accepter ça plutôt que de vouloir révolutionner le système en si peu de temps… plus que 5 mois.

Ma solution : diversifier mon quotidien. Et cela va commencer par travailler sur le plan de formation du staff national de la branche anglaise de mon ONG au camp de Zaatari. Rien que ça. J’en viens même à me demander si mon cerveau n’est pas fait pour travailler dans des contextes de crise là où mon cœur appartient au développement.

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Comme il n’y a pas que le travail dans la vie,  je confesse qu’il y a quelque chose de très agréable à être loin de tout. Bien entendu je pense encore à mon poste à Paris (ca ne fait qu’un mois), je pense à mes petits plaisirs du 11eme, je pense à des croissants frais. Mais je sens en même temps quelque chose se détendre petit à petit. Est-ce le degré d’ensoleillement supérieur qu’à Paris qui aide ? Paradoxalement j’ai rarement eu aussi froid plusieurs jours d’affilée (je n’ai pas le chauffage chez moi et celui du bureau n’est pas réellement efficace). Après mon premier mois birman, j’utilisais les mots de renoncement, de stand-by, d’absence. Après ce premier mois jordanien, j’emploierai plutôt les termes de découvertes, de surprises, voire peut-être même de quiétude (malgré les tensions passagères).

Quels sont les signes de l’adaptation après un mois à Amman ? Se repérer un peu plus dans le dédale des rues, baragouiner des mots arabes et me faire comprendre de mes collègues ou des chauffeurs de taxi, avoir déjà quelques endroits fétiches ainsi qu’une petite routine hebdomadaire confortable… Mon visa repart pour 2 mois.

Et dans deux semaines, je peux compter sur la visite de mon cher et tendre, voir un peu du pays, et espérer réaliser sur le prochain mois ce que j’aurais pu faire en 3 semaines…

Inch’ Allah

 

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