Traversons les âges à Amman

J’essaie de rattraper la chronologie de mes découvertes et remonte dans le passé, lorsque mon Habibi était encore là. Tiens d’ailleurs Habibi est l’équivalent de « mon cher et tendre » en arabe et désigne le plus souvent un amoureux mais s’utilise parfois entre amis. Pour la version féminine on utilise « Habibti ».

Quelques jours avant son départ, j’ai profité d’un jour de congés pour le traîner au cœur d’Amman direction le théâtre romain. En déambulant dans la ville, nous passons devant un stand de rue bourré de vieilleries. Le habibi part immédiatement à la recherche de vieux outils pendant que le vendeur, un homme d’un certain âge, souhaite me montrer tous les bijoux qu’il propose à la vente. Habibi s’exclame lorsqu’il trouve un rabot. Là, je suis impressionnée. Le rabot est cassé, la lame usée mais quand même, il a réussi à trouver un rabot (canadien de surcroît) au cœur d’un bordel. Le vendeur me demande si ce monsieur qui m’accompagne est mon père. Certes sans mes lunettes et sans maquillage je ne fais pas mon âge mais quand même !

Nous reprenons la route des vestiges et arrivons à l’amphithéâtre. Datant du 2ème siècle, ça ne nous rajeunit pas même si je fais jeune, il est, avouons-le, plutôt bien conservé. Il s’agit du plus beau vestige d’Amman (ou Philadelphie à l’époque). Pour vous donner une idée de sa taille, sa capacité était de 6000 personnes. Il est d’ailleurs toujours utilisé en été pour des représentations théâtrales ou musicales. J’aurais sans doute l’opportunité d’y retourner donc. Bien entendu, il a fait l’objet de rénovations dès 1957 qui ont globalement gardé l’esprit du lieu. Du sommet, nous avons vue sur la citadelle en face et sur l’agitation du centre-ville entre contre-bas. Le soleil réchauffe le dos. Sur le même site se trouvent 2 petits musées : musée ethnographique et musée des traditions populaires. Le premier présente des scènes du quotidien des bédouins et des objets de la vie courante, des mannequins déguisés miment la fabrication des pitas ou du fromage de chèvre… le tout sous un masque de poussière. Le second musée présente les tenues traditionnelles des différentes ethnies. Cela me rappelle la variété des longyis birmans. Les costumes sont aussi beaux que poussiéreux. Une salle propose des mosaïques de Jerash (mais je reviendrai sur Jerash prochainement). En sortant du théâtre, nous parcourons alors le forum, supposé être l’une des plus grande place de l’empire romain où seules se dressent quelques colonnes corinthiennes. Les jordaniens viennent déjeuner sur le bitume ou faire une pause dans leur journée pendant que les touristes lisent attentivement leur guide en découvrant les lieux.

L’heure du déjeuner approchant, je souhaite emmener le Habibi dans un restaurant populaire proposant le Mansaf, plat traditionnel jordanien composé de riz, d’agneau ou poulet et d’une sauce à base de labneh, de gras, d’huile, de jus de cuisson. Un plat familial, partagé lors d’événement et réputé comme étant bien lourd. Mais sur le chemin, nous passons devant l’escalier du Duke Diwan dans lequel je m’engouffre, ne laissant pas d’autre choix à mon compagnon que de me suivre. Présentée comme la plus vieille maison d’Amman (ce doit être la troisième plus vielle que je croise – logique Jordanienne), cet apparemment est un curieux endroit. Des livres, des tableaux partout sous une belle hauteur de plafond, des pièces se succédant, un balcon surplombant l’activité de la King Faisal Street. Puis le propriétaire de ces lieux vient à notre rencontre et nous demande d’où nous venons. « Ah la France, je connais bien la France » dit-il dans un français plutôt bon. Le duc est un bon papi érudit et curieux. Il nous demande d’attendre qu’il finisse sa conversation avec une jeune touriste arabophone. « 5 minutes ». Je précise au Habibi que ça risque d’être long. Alors nous déambulons dans la maison, nous écoutons le joueur de Houde et échangeons quelques mots avec, nous buvons le thé, nous attendons par politesse. Finalement le duc vient à nous. Nous parlons de la France, il me demande si je connais un tel, un français travaillant à Amman. Le monde est petit mais pas tant que ça non plus. Il demande au Habibi s’il connaît Catherine Deneuve. Le monde est petit mais pas tant que ça non plus encore. Nous parlons des vitres de la maison. Nous parlons photographies et cinéma. « Que fais-tu ici ? – je travaille pour une ONG ». Alors il appelle une française qui travaille aussi pour une ONG, bibliothèques sans frontières, et me la passe. Un peu surprise pour ma part, elle semble avoir plutôt l’habitude de ces coups de fil. Nous nous présentons poliment puis n’avons rapidement plus rien à nous dire si ce n’est de se souhaiter une bonne journée et au plaisir de se croiser pour de « vrai » dans la capitale. L’appel se termine, le duc va vers un autre bureau et s’y assoit. Nous échangeons un regard d’incompréhension. Habibi me dit « il va faire une sieste ». Je pouffe dans ma barbe pour retenir un fou-rire. Un drôle de phénomène ce Duc. Il revient vers nous, note nos coordonnées. Nous l’informons que nous allons partir.

Nous partons, animés par l’originalité de cette rencontre, souriant de curiosité mais légèrement affamés. Chez Al Quds, une cantine jordanienne, nous dévorons notre mansaf. C’est bon. Mais. Il faut avoir faim. Nous remontons vers Weibdeh (mon quartier) et j’attire de nouveau le Habibi vers Darat Al Funun, la fameuse petite galerie d’art avant de regagner nos pénates.

Une vraie journée culturelle parcourant les âges. Je me repère nettement mieux à Amman à force de déambuler dans les chemins descendants et ascendants à gogo, de quartier en quartier, de falafel en falafel. Mais j’épuise très rapidement les activités touristiques. Il faut le dire, Amman n’est pas sexy touristiquement parlant. Mais les surprises peuvent se cacher à chaque coin de rue !

Comme un rabot en Jordanie…

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