Marcher, grimper, escalader.

Le mois d’avril en Jordanie est synonyme de beau temps, de températures idéales et surtout correspond à l’ouverture de la saison des treks ! De nombreux sites restent fermés durant l’hiver pour des raisons de sécurité mais lorsque les pluies se font de plus en plus rares, alors l’aventure est permise.

Me voilà donc à booker un trek quelque part vers la mer morte avec une camarade du cours d’arabe et un groupe d’inconnu auprès de 2 organisateurs jordaniens (Backpackers Jo). Un vendredi matin, réveil a 6h. Ca pique un peu mais le soleil est déjà largement présent et réchauffe mon corps endormi. Un uber plus loin, me voilà au point de rencontre dans Amman. De nombreux autres groupes se donnent rendez-vous au même endroit. Puis je reconnais notre guide. Avec ma camarade italienne, il y aura une américaine, une mexicaine et 3 jordaniens. La petite troupe monte dans le van direction Wadi Al Dabe. Musique pop sur le chemin, volume sonore correct pour l’heure, l’humeur est détendue. Nous croisons de nombreux mini-vans à l’approche de notre destination. Les trekkeurs sont de sortis !

En fait, je comprends alors que dans les massifs proches de la mer morte se trouvent de nombreux « wadi », ces canyons plus ou moins étriqués, plus ou moins accessibles. Certains sont plus ou moins inondés. Certains ont des sources chaudes. Notamment où nous allons ! Chouette !

Harnais, casque et lunette de soleil. Me voila parée pour l’aventure. Dans un décor d’oasis, nous avançons petit à petit, tantôt les pieds dans l’eau (plus chaude que la température de ma douche), tantôt les mains dans le sable (moins doux qu’au Wadi Rum). Je me sens dans une bulle de nature. Nous sommes les seuls, pour le moment. Nous grimpons les modestes chutes d’eau à l’aide de corde. Nous traversons des bassins où l’eau est à hauteur de cuisse (et toujours aussi chaude). Le soleil nous embrasse. Les herbes nous griffent les mollets. Certaines chutes d’eau nous trempent de la tête aux pieds.

En fin de parcours, nous arrivons dans un cul de sac. Notre guide dégaine alors sa théière. Nous préparons un feu de camp, nos vêtements sèchent, nos cheveux aussi, nous fermons les yeux. Puis nous rebroussons chemin. Nous descendons en rappel. Rien de trop vertigineux. Tant mieux. Là nous croisons d’autres groupes, nettement plus bruyants, nettement moins soucieux de l’environnement. L’eau était claire à l’aller pour finir trouble au retour. Des bouteilles en plastiques par ci par là, gachant le décor.

La journée s’achève par un piquenique sur la route du retour. On repart pour un feu de camp, la viande cuit dans un grand wok, tomates, poivrons verts, oignons. Chacun est armé de sa pita. Nous partageons notre repas, assis sur des blocs de pierre. Nous échangeons nos impressions de la Jordanie, nous parlons de nos origines, on me demande encore si je suis en stage ici (bougrerie !), nous mangeons avec appétit. La journée touche à sa fin. Nous retrouvons les bouchons d’Amman. Arrivée chez moi, mes jambes ne tiennent plus. Je suis heureuse de m’affaler dans mon canapé pour constater la marque du bronzage laissée par mes chaussettes sur le haut de mes chevilles. Classe.

Jordaniversaire #3

Et de 3 !

Quasiment la moitié. Le temps passe vite, on le sait. Le temps sur le terrain est encore plus une faille temporelle dans laquelle les journées s’engouffrent. Une journée semble une heure. Mais parfois (rarement heureusement) une heure semble une journée.

Ce mois-ci, j’ai pu retrouver l’équilibre. Ma période de mécontentement s’est stabilisée même si je n’ai pas retrouvé le goût de l’houmous. En fait, je me demande si ce n’est comme l’alcool des premières cuites qui sera à jamais condamné à provoquer une forme de dégoût. J’ai arrêté d’hurler contre les chauffeurs de taxi insolents. J’ai réappris à prendre la vie du coté positif, gère mieux mes agacements. La météo printanière est sans doute une alliée dans cet apaisement. On peut d’ailleurs dire que j’ai définitivement rangé mon manteau d’hiver et mes gros pulls. Je rigole de l’incongru. Ma patience est devenue aussi croustillante que la croûte d’un falafel. Même si mes galères d’appartement ont occupé une bonne partie de cette dernière semaine… je vous en parlerai plus tard.

L’opportunité m’a enfin été donnée de découvrir un peu du pays. Un peu de sud avec le Wadi Rum, un peu de centre avec la mer Morte, et du Nord avec Umqais, Jerash et Aljun. Une dose d’aventure avec des promenades champêtres dans la foret scandinave ou des treks dans les sources chaudes que j’aborderai prochainement. Encore tant de choses à voir donc certaines sont planifiées, ma mère arrive dans quelques jours. Et puis la découverte de Zaatari… Une autre réalité du pays, non négligeable dans mon secteur d’activité.

3 mois c’est aussi le temps nécessaire pour nouer des liens avec les Jordaniens. Que ce soit au bureau ou ailleurs, les rapports évoluent. Je fais un peu plus partie du décor. Je me sens aussi plus à ma place. Les conditions de travail se sont nettement améliorées, la dynamique est bonne même si imparfaite et instable. J’essaie donc de rattraper le retard pris durant les premières semaines. Retard certes subjectif mais l’approche du Ramadan sonne comme un mois d’août : tout sera lent. Mes collègues m’annoncent aussi tous les 4 matins qu’ils vont démissionner, je leur dis, tous les 4 matins, d’attendre au moins la fin de mon contrat ! C’est devenu la blague, qui de nous 3 partira en premier… tout ça sans que la DRH le sache. Car oui, je peux comprendre que travailler dans l’anarchie de cette ONG jordanienne et tenter de construire un cadre RH contre les résistances des autres employés peuvent se révéler épuisants.

Après quelques semaines de procrastination, je me suis enfin inscrite à l’Ambassade Française et surtout j’ai fait ma procuration de vote. Maintenant il faut se décider. Mon visa jordanien sur mon passeport canadien lui, repart pour 2 mois supplémentaires.

Sentant la distance grandir avec la France, j’ai aussi changé la perspective sur mes relations amicales. Dans l’égocentrisme de l’expatriation, on peut penser que comme on est celui qui part, on devrait être celui qu’on contacte. Alors certes les liens avec certaines personnes sont quasi identiques malgré la distance. Ce n’est que lorsqu’on partage des photos qu’on réalise l’éloignement physique en remarquant les cheveux de chacun pousser. 3 mois, 3 centimètres en plus. Sauf pour toi Nech. Avec d’autres, il faut un peu entretenir la flamme dans le partage des banalités comme on peut le faire à 1 mètre de distance…

Je fêtais mon birmaniversaire #3 à Paris. Il est vrai que parfois aussi j’ai envie de rentrer quelques jours en France mais je me souviens de la difficulté et de la confusion qu’avait suscite ce bref séjour, avant, pendant, après. Briser la routine qu’on construit tant bien que mal à l’étranger n’est pas une sage idée. Juste le temps de remarquer le décalage des mois passés loin de tous, de s’ajuster puis de retourner sur le terrain en rebrisant certains liens. Les politiques de breaks sont sages mais je comprends aussi mieux pourquoi certains expatriés préfèrent visiter des pays voisins que de rentrer chez eux. On ne part pas sans raison, bonnes ou mauvaises. Rentrer de façon prématurée c’est un peu comme remuer le couteau dans la plaie, sans savoir pourquoi.

C’était aussi il y a 1 an, le 17 avril, que ma chère Clarisse nous quittait. Cette fois-ci, elle ne m’apportera pas de magasines femme actuelle comme en Birmanie, on ne se racontera pas des histoires pour se faire peur sur le toit de la maison, ses éclats de rire que j’entends encore ne résonneront pas dans mes murs. Mais elle est dans mes pensées et lorsque je rêve d’elle, je prétends que c’est la réalité, qu’elle est toujours parmi nous. Alors pendant votre jour férié, pensez à elle et à vos amis partis trop rapidement.

(silence)

Ikéa fête ses trois ans en Jordanie aussi ce mois-ci.

Jerash – 2/2

La petite bande d’étudiants a continué sa journée “nordique”. Une belle mixité dans le groupe : 1 américain libanais, 1 suédois, 1 suisse, 1 hollandaise, 1 italienne, 2 allemands, 1 canadienne, notre guide irakien et moi-même. On continue bien entendu de me demander si je suis en stage ici mais là n’est pas le sujet.

Sur le chemin d’Amman, nous nous arrêtons à Jerash, dernière étape et pas des moindres. On pourrait facilement passer une journée entière sur ce seul site pour réellement profiter de tout ce qu’il a à offrir, surtout durant le printemps. L’herbe frôle les pierres, les fleurs sauvages s’incrustent un peu partout. La ville a été fondée en -400 avec JC. Elle a aussi faite partie de la Décapole romaine. Les Nabatéens sont passés par là (oui, encore eux) ainsi que les Perses et les Arabes, sans oubliés les Croisés. La ville connaîtra le même sort que les autres lieux du précédent article : tombé dans l’oubli, souffrant des tremblements de terre.

L’entrée est spectaculaire car il s’agit de la porte d’Hadrien, oui, le même Hadrien de Marguerite, édifiée en l’honneur de la visite de l’empereur en 129. Puis, on peut longer l’hippodrome (encore actif pour quelques festivités). Après le passage par le contrôle des billets au niveau de la porte sud, on arrive directement sur le forum ovale, sensé être l’un des plus grands forums romains, cerclé de colonnes de pierres blanches se démarquant ainsi de la verdure environnante. Ce forum fait office d’agora, de place publique et de marché. Un peu « the place to be ». De là on suit le cardo maximus, long de 800 mètres, qui nous emmène vers différents monuments, le nymphée, bien mieux conservé que celui d’Ummqais, la cathédrale dont il ne reste pas grand chose, au loin un arc de triomphe, quelques boutiques dont on devine le stockage à l’étage et surtout l’amphithéâtre nord dont l’acoustique reste tout à fait surprenante. Ce théâtre était davantage dédié aux réunions officielles qu’aux représentations artistiques mais pouvait accueillir tout de même 2000 personnes.

Sur le chemin, parmi les 200 colonnes corinthiennes, certaines révèlent leur tour de magie. En effet elles oscillent. Si on place son doigt entre la pierre du socle et la pierre de la colonne, on peut sentir le bout se faire pincer à intervalle régulier. Sachant qu’il y a eu des tremblements de terre dans la région, la physique des romains semblent étonnamment avant-gardiste !

On peut poursuivre la promenade par une grande boucle champêtre passant proche des églises (datant du 5 et 6ème siècle après JC), du temple d’Artémis jusqu’à arriver au théâtre sud, encore utilisé aujourd’hui, accueillant à l’époque (au 1er siècle) 5000 spectateurs. L’été, des festivals permettent à cet amphithéâtre de perpétrer sa vocation originelle. A côté le temple de Zeus où un petit escalier permet de prendre de la hauteur depuis le temple et de bénéficier d’un beau panorama sur Jerash, vue plongeante sur le forum.

En arrivant sur le site, mon cerveau a de suite superposée au décor actuel, ces images de mon séjour à Rome (remontant à l’été 2005 ou 2006, mes cheveux roses de l’époque sont devenus bleus, 10 ans plus tard). La conservation du site permet vraiment de se projeter 2000 plus tôt. Tout n’est pas parfait et il y a parfois des tas de pierres sculptées qui n’ont (ou n’auront) pas leur place définitive, comme dans l’attente de reconstituer ce puzzle de géants. Un réel coup de cœur de mes pérégrinations jordaniennes pour le moment.

Situer à une heure de route au nord de Amman (sans trafic), l’idéal est bien de profiter d’une journée sur place, visiter doucement, explorer les recoins, déjeuner sur l’herbe, profiter du cadre et perdre ses repères. La meilleure période restant le printemps, mais le lieu reste sans doute aussi majestueux quelque soit la saison !

Qui sait… Peut-être que l’occasion d’y retourner se présentera ?