Jordaniversaire #3

Et de 3 !

Quasiment la moitié. Le temps passe vite, on le sait. Le temps sur le terrain est encore plus une faille temporelle dans laquelle les journées s’engouffrent. Une journée semble une heure. Mais parfois (rarement heureusement) une heure semble une journée.

Ce mois-ci, j’ai pu retrouver l’équilibre. Ma période de mécontentement s’est stabilisée même si je n’ai pas retrouvé le goût de l’houmous. En fait, je me demande si ce n’est comme l’alcool des premières cuites qui sera à jamais condamné à provoquer une forme de dégoût. J’ai arrêté d’hurler contre les chauffeurs de taxi insolents. J’ai réappris à prendre la vie du coté positif, gère mieux mes agacements. La météo printanière est sans doute une alliée dans cet apaisement. On peut d’ailleurs dire que j’ai définitivement rangé mon manteau d’hiver et mes gros pulls. Je rigole de l’incongru. Ma patience est devenue aussi croustillante que la croûte d’un falafel. Même si mes galères d’appartement ont occupé une bonne partie de cette dernière semaine… je vous en parlerai plus tard.

L’opportunité m’a enfin été donnée de découvrir un peu du pays. Un peu de sud avec le Wadi Rum, un peu de centre avec la mer Morte, et du Nord avec Umqais, Jerash et Aljun. Une dose d’aventure avec des promenades champêtres dans la foret scandinave ou des treks dans les sources chaudes que j’aborderai prochainement. Encore tant de choses à voir donc certaines sont planifiées, ma mère arrive dans quelques jours. Et puis la découverte de Zaatari… Une autre réalité du pays, non négligeable dans mon secteur d’activité.

3 mois c’est aussi le temps nécessaire pour nouer des liens avec les Jordaniens. Que ce soit au bureau ou ailleurs, les rapports évoluent. Je fais un peu plus partie du décor. Je me sens aussi plus à ma place. Les conditions de travail se sont nettement améliorées, la dynamique est bonne même si imparfaite et instable. J’essaie donc de rattraper le retard pris durant les premières semaines. Retard certes subjectif mais l’approche du Ramadan sonne comme un mois d’août : tout sera lent. Mes collègues m’annoncent aussi tous les 4 matins qu’ils vont démissionner, je leur dis, tous les 4 matins, d’attendre au moins la fin de mon contrat ! C’est devenu la blague, qui de nous 3 partira en premier… tout ça sans que la DRH le sache. Car oui, je peux comprendre que travailler dans l’anarchie de cette ONG jordanienne et tenter de construire un cadre RH contre les résistances des autres employés peuvent se révéler épuisants.

Après quelques semaines de procrastination, je me suis enfin inscrite à l’Ambassade Française et surtout j’ai fait ma procuration de vote. Maintenant il faut se décider. Mon visa jordanien sur mon passeport canadien lui, repart pour 2 mois supplémentaires.

Sentant la distance grandir avec la France, j’ai aussi changé la perspective sur mes relations amicales. Dans l’égocentrisme de l’expatriation, on peut penser que comme on est celui qui part, on devrait être celui qu’on contacte. Alors certes les liens avec certaines personnes sont quasi identiques malgré la distance. Ce n’est que lorsqu’on partage des photos qu’on réalise l’éloignement physique en remarquant les cheveux de chacun pousser. 3 mois, 3 centimètres en plus. Sauf pour toi Nech. Avec d’autres, il faut un peu entretenir la flamme dans le partage des banalités comme on peut le faire à 1 mètre de distance…

Je fêtais mon birmaniversaire #3 à Paris. Il est vrai que parfois aussi j’ai envie de rentrer quelques jours en France mais je me souviens de la difficulté et de la confusion qu’avait suscite ce bref séjour, avant, pendant, après. Briser la routine qu’on construit tant bien que mal à l’étranger n’est pas une sage idée. Juste le temps de remarquer le décalage des mois passés loin de tous, de s’ajuster puis de retourner sur le terrain en rebrisant certains liens. Les politiques de breaks sont sages mais je comprends aussi mieux pourquoi certains expatriés préfèrent visiter des pays voisins que de rentrer chez eux. On ne part pas sans raison, bonnes ou mauvaises. Rentrer de façon prématurée c’est un peu comme remuer le couteau dans la plaie, sans savoir pourquoi.

C’était aussi il y a 1 an, le 17 avril, que ma chère Clarisse nous quittait. Cette fois-ci, elle ne m’apportera pas de magasines femme actuelle comme en Birmanie, on ne se racontera pas des histoires pour se faire peur sur le toit de la maison, ses éclats de rire que j’entends encore ne résonneront pas dans mes murs. Mais elle est dans mes pensées et lorsque je rêve d’elle, je prétends que c’est la réalité, qu’elle est toujours parmi nous. Alors pendant votre jour férié, pensez à elle et à vos amis partis trop rapidement.

(silence)

Ikéa fête ses trois ans en Jordanie aussi ce mois-ci.

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