Jordaniversaire 6 !

Je ne vais pas refaire le coup du “et déjà un mois supplémentaire que je n’ai pas vu passer » même si je le pense toujours. Un mois en plus, une année en plus aussi, encore des decouvertes jordaniennes, et déjà la fin qui approche, à portée de bras, mais je ne lui tends pas encore la main.

J’ai sérieusement avancé sur l’achat des souvenirs pour la famille, le tri des affaires, j’ai jeté cette paperasse qui s’accumulait et entamé mes rapports de fin de mission. Je mène mes dernières formations pour les managers. Je fais mes comptes. Je pense à Paris et réfléchis aux épices que je ne trouvais pas facilement sur place. La chaleur devient féroce et la fatigue coriace. Ma peau a pris un reflet doré et mon humeur une teinte amère. Dans cet état, j’ai tourné la tête vers les étoiles. Littéralement : lors de notre nuit à Dana, sans pollution lumineuse et sans lune, j’ai pu voir des étoiles filantes sans pour autant y projeter un vœu. J’ai pu chercher la constellation du gémeau, cachée malheureusement par une colline. Astrologiquement : une collègue a aussi proposé d’étudier mon thème astral. Oui, je cherche des réponses, encore et toujours.

Ce mois-ci, la venue du Habibi a été l’occasion de retourner dans certains lieux : mer morte, Petra, Wadi Mujib… et de rayer d’autres de ma to-do list : restaurants, bars, Dana… J’ai aussi été au Souk de nuit. Ce mois-ci j’ai aussi clôturé mon « premier » ramadan (que je n’ai vu que de loin soyons honnêtes). Ce mois-ci j’ai soufflé une bougie loin de mes proches et passé un cap de dizaine qui me turlupine encore l’esprit. Ce mois-ci j’ai été à un concert de piano à quatre mains dans les vestiges d’une église byzantine. Ce mois-ci j’ai aussi profité du festival de films franco-arabe.

Et puis je repense aux débuts, Il y a 6 mois, il faisait froid, Paris était grise, Amman était encore plus froide mais il y avait des palmiers. Ce séjour avait commencé par cette bonne grosse galère de vol retardé et de changement de terminal avec mes 60 kg de valises et bagages cabines… Une façon de donner le ton. Une façon de tester ma résistance aux changements et à l’imprévu. Quand j’y repense, p*tain que c’était relou ! (excusez mon français). Mais une fois arrivée, je voulais profiter à fond car cette fois j’avais cette expérience récente qui m’a enseigné la faille temporelle de l’expatriation. Je savais que ça passerait vite, trop vite. Je savais que j’irai de surprises en surprises (tantôt divines, tantôt désastreuses). Mes neurones se sont agités pour trouver des solutions professionnelles et originales. Mon esprit s’est nourri des découvertes culturelles, ma gorge est capable de faire de nouveaux sons arabophones et mon palais sensibilisé à de nouveaux arômes.

Mes collègues commencent déjà à me demander de ne pas partir. Avant-hier, un chauffeur de taxi m’a proposé de l’épouser afin que je puisse rester en Jordanie quand je lui ai dit que je partais à la fin du mois. Bon il m’a aussi souhaité la bienvenue. Ce maudit « welcome » qu’ils sortent à tire-larigot ! Mais bon, ils sont tout de même sympa. Celui-là m’a même souhaité une bonne journée… une première ! Je crois qu’une conspiration contre mon départ circule dans le dédale d’Amman et qu’ils se sont fait passer le mot de me rendre la tâche de quitter le pays bien plus difficile encore !

Je garde ces éternelles questions sans réponses du retour : comment cela va-t-il se passer ? Quel sera l’ampleur du décalage avec ma famille et mes amis ? Quel couleur choisir pour le petit canapé? « Retourner dans cette ancienne réalité, ne va-t-elle pas faire resurgir les démons qui vont avec ? (birmaniversaire 8) »… Qui viendra me chercher à l’aéroport ?

Et puis, je repense aux débuts du début. Il y a quasi 3 ans je démarrais ce blog sans penser que j’allais mener Gisèle jusqu’ici et avoir des lecteurs dans 80 pays !

On peut le dire, cette mission arrive à terme car il est évident que je ne vais pas entamer de nouveaux projets, que les semaines restantes seront dédiées à m’assurer que la passation soit la plus complète possible et à trouver du papier bulles pour protéger mes assiettes d’Hébron.

Je garderai le mot de la fin pour la fin. J’ai encore 2 semaines devant moi et on sait qu’il peut s’en passer des choses en 14 jours…Décollage prévu le 31 juillet à 4h du matin.

Ca pique un peu déjà !

 

Birmaniversaire #2

Deux mois. Selon doctissimo c’est le mois des nausées, de la fatigue, des courbatures, c’est le mois où les risques sont toujours bien présents, où le bébé prend forme.

DSC05843Pas de symptômes de grossesse donc, mais mon bébé prend effectivement forme, pas nécessairement à la vitesse à laquelle j’aimerais. Les projets RH se dessinent plus nettement, j’ai pu rencontrer une majorité des équipes terrain dans le Kachin et à Pyapon, j’ai rayé certaines lignes de ma « to-do list », j’en ai rajoutée au moins tout autant, j’avance, j’apprends, moi aussi je grandis mais sans liquide amniotique.

 

La perspective de Noël en famille me rassure mais j’ai dû composer avec un sentiment de frustration assez prononcé. Par moment, lorsque je suis au cœur d’une activité particulièrement amusante ou d’une situation loufoque par exemple, je suis sérieusement agacée de ne pas pouvoir la partager avec quelqu’un qui m’est cher. Je suis seule témoin de cet événement alors que j’aimerais vivre cet instant à 2 ou à plusieurs. Oui, j’ai maintenant une petite bande avec laquelle je traîne et j’éprouve pour chaque membre qui la compose une profonde sympathie et un grand respect pour le travail qu’ils font ici mais ce n’est pas pareil. Ce ne sont pas « mes » proches. Je réalise petit à petit cette recherche de continuité qui m’anime et ici les choses auront un terme. Et c’est précisément ce hiatus-là qui me frustre. Enfin, je crois.

Il parait qu’en moyenne il faut 3 mois pour s’adapter. Alors soit j’ai eu une adaptation éclaire, 1 mois, soit ce que je ressens actuellement fait partie du cheminement classique des 3 mois.

Ce travail me fait avancer, cette mission m’enrichit et en même temps elle me teste. Elle teste ma maturité professionnelle : je réalise que je ne possède pas réellement de réflexes « terrain », qu’entre différents interlocuteurs je peux me perdre (ou perdre patience), que malgré tout il me faut, encore à mon âge, des coups de pieds au derrière des feedbacks pour retourner sur un chemin plus pertinent et mieux avancer. Mon surmoi me fait régulièrement la morale et peut aussi me renvoyer un sentiment proche de l’incompétence en me rappeler au passage que je n’étais pas le premier choix pour le poste (oui, il peut être totalement sadique et chiant par moment). Cette mission teste mes angoisses : j’ai développé l’inquiétude de « perdre du temps » et bien entendu, petite demoiselle avec les yeux grands ouverts, j’ai besoin qu’on me rassure parfois, j’ai besoin de retours positifs. Sauf qu’ici, une petite demoiselle ne sera pas rassurée, elle doit être opérationnelle et apporter des solutions, elle doit être efficace et méticuleuse, elle doit être sûre d’elle et avancer car 9 mois, c’est long, mais c’est très court. Mon romantisme se retrouve rembarrer par cette réalité professionnelle plus froide, même par 35°C. Je suis au cœur d’une expérience où ma sensibilité s’éveille à chaque instant mais où je dois composer avec un travail plutôt rêche. Mais j’essaie de mon mieux avec les outils dont je dispose, avec le savoir que je développe et avec mes piqures de moustiques. Elle teste aussi ma patience : la barrière de la langue peut parfois me ralentir encore plus, il faut demander plusieurs fois la même chose, plusieurs jours d’affilé avant de l’obtenir (et pourtant j’ai appris à m’exprimer de façon simple et synthétique). Et je me retrouve la tête sous l’eau rien qu’en pensant aux échéances qui s’approchent plus rapidement que le Concorde. Évitons de finir façon « Gonesse ».

Si vous ajoutez à ça des mauvaises nuits successives dans le décor alors vous avez une mise en scène proche du naufrage du Titanic.

Mais bon, la bière Myanmar est plutôt agréable et légère, ça aide, et les week-ends restent plutôt animés…
Je me demande parfois si l’expatrié de base n’a pas une légère tendance à l’hyperactivité ou si c’est juste dans ma tête. Il faut combler les moments creux le plus possible, anticiper les weekends pour être sûr de faire quelque chose, de voir du monde, de s’aérer l’esprit, et d’avoir sa dose hebdomadaire de houblon recommandée par l’OMS.

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Alors, quels sont les signes d’une adaptation réussie après 2 mois ? Est-ce de ne plus s’extasier devant chaque Pagoda ? Ou avoir sa première tenue Birmane sur mesure ?

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Prochain point #birmanieversaire en direct de l’aéroport… !