De Machéronte à Kérak – 1/2

La visite de ma mère a été l’occasion d’organiser un petit roadtrip sur un chemin dont l’apogée serait Petra. L’objectif était aussi de ne pas me taper la route non stop après la semaine de travail. C’est donc avec mes deux guides touristiques que j’ai choisi nos étapes en gardant assez de temps pour nous reposer en fin d’après-midi à l’hôtel en perspective de la journée de marche qui nous attendait sur le site de Petra.

Pour la première escale direction Macheronte (ou Mukawir) nécessitant un peu de patience pour le conducteur car la route est légèrement confusante mais les panneaux nous guident et rassurent par moment. Plus pour le panorama quasi martien que pour les ruines, le site reste tout de même saisissant. Datant du 1er siècle avant JC, c’est ici même que Saint Jean Baptiste (celui qui a baptisé le Christ non loin de là) fut décapité suite à un désaccord sur la conduite maritale du roi. Déjà à cette époque il n’était pas sage de se mêler des histoires de coeur (et pas que) des autres… Le site sera détruit par les Romains en 70 après JC, bien dommage. Il reste une colonne et les traces des édifices témoignées par la disposition des pierres. En haut, le vent nous souffle nos tignasses, le paysage est une succession de collines parsemées de chèvres et si la brume ne masquait pas l’horizon, nous aurions à portée de regard la Cisjordanie.

Nous reprenons la route… et quelle route !!! Nous nous dirigeons vers la mer morte, jugeant la chemin plus beau. C’est donc le pied sur le frein que je nous mène sur ce serpent de bitume et de sable, où les paysages tantôt désertiques et tantôt presque volcaniques se succèdent. Pas de village, pas de voitures, est-ce seulement bien le chemin ? Jusqu’à ce que nous apercevons en contre bas une étendue scintillante, la mer morte est bien là. Nous passons de 800 mètres d’altitude aux -400 de la mer morte. Une dernière oasis et nous atteignions enfin l’autoroute. Je suis soulagée, nous captons de nouveau la radio. Et nous voilà en direction de Kerak cette fois. Nous longeons toute la mer morte, notre opérateur mobile français nous souhaite la bienvenue en Israel. Oui, nous sommes tout à côté ! Nous nous arrêtons quelques instants pour admirer le littoral blanchi par le sel et poursuivons notre chemin dans les terres.

Kerak est une ville très animée, peu interessante et vraiment peu pratiquable en voiture ! Mon optimisme m’a même poussée à tenter une pente particulièrement… pentue…. résultat marche arrière sous le regard amusé des habitants. Femme au volant… Nous nous garons donc proche de la gare d’autobus (excellent spot, avis aux intéressés) pour monter vers le château.

Sur le chemin menant au château, je pensais à cette journée de décembre durant laquelle des terroristes ont tués jordaniens et une canadienne. On m’avait rapporté que les habitants de la ville, les hommes, étaient sortis avec leurs armes à feu retrouver les terroristes cachés dans le dédale de la ville. Ce qui devaient être réellement impressionnant.

Dans mon imaginaire, il s’agissait d’une forteresse énorme. En tout cas plus grosse que la réalité. La partie visible ne semble pas réellement intéressante. Par contre ce sont les sous-terrains, tunnels, recoins obscures qui démarquent réellement ce monument. Et ils sont tous accessibles. Même si certains semblent clairement périlleux… Ce Crac, construit par les Croisés français en 1142, a été repris en 1188 par le frère de Saladin puis occupés par différents sultans avant de tomber un peu en désuétude . La vue du sommet n’était pas non plus bouleversante. Voilà donc le premier monument du pays qui me déçoit quelque peu. Bon je n’ai jamais été très “châteaux” même pour faire plaisir au Habibi, ou bien nous avons dans le patrimoine français de si beaux châteaux que la barre est haute. Mais, reconnaissons que Kerak est tout de même un vestige de l’Histoire.

De retour à la voiture, je nous prépare des sandwichs de labneh, jambon de dinde, concombre et tomates cerises dans du pain pita et nous voila repartie pour la suite…

 

Marcher, grimper, escalader.

Le mois d’avril en Jordanie est synonyme de beau temps, de températures idéales et surtout correspond à l’ouverture de la saison des treks ! De nombreux sites restent fermés durant l’hiver pour des raisons de sécurité mais lorsque les pluies se font de plus en plus rares, alors l’aventure est permise.

Me voilà donc à booker un trek quelque part vers la mer morte avec une camarade du cours d’arabe et un groupe d’inconnu auprès de 2 organisateurs jordaniens (Backpackers Jo). Un vendredi matin, réveil a 6h. Ca pique un peu mais le soleil est déjà largement présent et réchauffe mon corps endormi. Un uber plus loin, me voilà au point de rencontre dans Amman. De nombreux autres groupes se donnent rendez-vous au même endroit. Puis je reconnais notre guide. Avec ma camarade italienne, il y aura une américaine, une mexicaine et 3 jordaniens. La petite troupe monte dans le van direction Wadi Al Dabe. Musique pop sur le chemin, volume sonore correct pour l’heure, l’humeur est détendue. Nous croisons de nombreux mini-vans à l’approche de notre destination. Les trekkeurs sont de sortis !

En fait, je comprends alors que dans les massifs proches de la mer morte se trouvent de nombreux « wadi », ces canyons plus ou moins étriqués, plus ou moins accessibles. Certains sont plus ou moins inondés. Certains ont des sources chaudes. Notamment où nous allons ! Chouette !

Harnais, casque et lunette de soleil. Me voila parée pour l’aventure. Dans un décor d’oasis, nous avançons petit à petit, tantôt les pieds dans l’eau (plus chaude que la température de ma douche), tantôt les mains dans le sable (moins doux qu’au Wadi Rum). Je me sens dans une bulle de nature. Nous sommes les seuls, pour le moment. Nous grimpons les modestes chutes d’eau à l’aide de corde. Nous traversons des bassins où l’eau est à hauteur de cuisse (et toujours aussi chaude). Le soleil nous embrasse. Les herbes nous griffent les mollets. Certaines chutes d’eau nous trempent de la tête aux pieds.

En fin de parcours, nous arrivons dans un cul de sac. Notre guide dégaine alors sa théière. Nous préparons un feu de camp, nos vêtements sèchent, nos cheveux aussi, nous fermons les yeux. Puis nous rebroussons chemin. Nous descendons en rappel. Rien de trop vertigineux. Tant mieux. Là nous croisons d’autres groupes, nettement plus bruyants, nettement moins soucieux de l’environnement. L’eau était claire à l’aller pour finir trouble au retour. Des bouteilles en plastiques par ci par là, gachant le décor.

La journée s’achève par un piquenique sur la route du retour. On repart pour un feu de camp, la viande cuit dans un grand wok, tomates, poivrons verts, oignons. Chacun est armé de sa pita. Nous partageons notre repas, assis sur des blocs de pierre. Nous échangeons nos impressions de la Jordanie, nous parlons de nos origines, on me demande encore si je suis en stage ici (bougrerie !), nous mangeons avec appétit. La journée touche à sa fin. Nous retrouvons les bouchons d’Amman. Arrivée chez moi, mes jambes ne tiennent plus. Je suis heureuse de m’affaler dans mon canapé pour constater la marque du bronzage laissée par mes chaussettes sur le haut de mes chevilles. Classe.

La mer morte est bien vivante 2/2

En attendant que notre chambre soit prête, nous fonçons vers le spa pour passer de nos tenues de route à nos tenues de plage : direction -400 mètres sous le niveau de la mer pour une petite baignade. Le Habibi se coupe les pieds sur les galets cristallisés par le sel et moi je flotte en tentant de ne pas mouiller mes cheveux. Je ne souhaite pas vivre une expérience chimique malheureuse entre les minéraux de la mer morte et mes cheveux bleu délavé. Puis nous nous enduisons de boue et c’est à ce moment là que je remarque les femmes en burkini avec la boue sur le visage, les mains et les pieds, puis je me regarde, petite blanche en maillot 2 pièces, « embouée » du cou aux pieds, puis je regarde toutes les femmes : un vrai mélange de la jordanienne blonde peroxydée aux faux cils à la limite du vulgaire au burkini en passant par quelques touristes.  La boue sèche et nous filons nous rincer frotter pour éliminer les résidus de boue. Nous étions 3 autour de la douchette : un monsieur, habibi et moi. Ce monsieur, jordanien, nous demande d’où nous venons. Ah la France… Il nous raconte qu’il y va souvent, à Paris, à Lyon et même à Annecy. Je lui parle du lac. Oui c’est beau. Habibi lui demande « did you ski there ? » et le monsieur répond « no, we went by car ». Je ne sais pas si c’était du second degré humoristique ou juste de la naïveté. Dans les deux cas, ça m’a fait sourire.

Nous filons ensuite profiter du spa et de son jacuzzi extérieur, sous le soleil de la fin d’après-midi. Nous faisons nos longueurs dans la piscine quasi vide, nous profitons des jets massant. Il y avait même une piscine d’eau de la mer morte, en légèrement plus corsée, et qui réveillera la moindre petite écorchure. « Ça cicatrise » balançais-je au Habibi en me tordant dans l’eau.

Après une pinacolada au bar de l’hôtel, nous nous dirigeons vers l’autre bar au bord de la mer morte mais quand nous demandons le menu, on nous explique que les serveurs vont prendre leur pause et qu’ils nous l’apporteront dans une demi heure. Logique jordanienne. Ils n’ont pas compris le concept des roulements je pense. Ce n’est pas grave, ma bière est fraîche.

Le lendemain, la journée comporte les même activités : plage, piscine, boue, pas de baignade car il y a du vent. Nous faisons notre check-out mais continuons de profiter des activités aquatiques et je tente tant bien que mal de soigner mon épaule bloquée du matin même en attrapant un mouchoir. L’approche des 30 ans se rappelle ainsi à moi. Le temps se couvre mais le paysage dévoile toujours un peu de Palestine. Des chantiers à droite et à gauche de là ou nous sommes restes présagent de nouvelles déformations de l’horizon. L’après-midi avance et nous décidons de rentrer à Amman, je tends le ticket aux voituriers puis nous attendons. Des personnes arrivées après nous récupèrent leur véhicule avant nous. Je deviens suspicieuse et me demande ce que les Jordaniens me réservent encore. Nous voyons l’un d’eux courir avec des câbles de batterie. Les autres voituriers nous regardent en murmurant entre eux. Ah bah c’est sûr, c’est pour ma pomme là. Habibi plus optimisme que moi pense déjà qu’ils vont nous offrir une nuit supplémentaire si nous ne récupérons pas notre voiture fonctionnelle… Ah ! la voilà. Habibi demande s’il y avait un souci avec la voiture, notre voiturier nous répond que non. Alors je demande a mon tour, avec une voix nettement moins conciliante et précisant que je les ai vus partir avec les câbles. Il confesse que la voiture ne démarrait pas… Nous prenons le chemin du retour un peu sceptique, craignant une panne, par une autoroute moins attirante qu’à l’aller mais en 45 minutes, nous voila à Amman. Un seul check-point, on baisse la fenêtre et notre policier nous dit directement « drive ».

Ces weekends me semblent déjà bien loin et ce à peine rentrée à Amman, comme si la détente nécessiterait dorénavant plus de temps pour faire effet sur moi et mon épaule bloquée. Sans doute qu’une nuit sur place ne suffit pas. A noter pour la prochaine fois…

Encore tant de choses à voir et à découvrir en Jordanie. Un si petit pays, pétri d’Histoire, dans lequel il est quand même facile de se déplacer (si tant est qu’on accepte de conduire ici et qu’on arrive à adopter la conduite « jordanienne ») mais qui représente facilement un petit budget. Comme me l’expliquait un collègue jordanien, finalement c’est moins cher de profiter d’une semaine à Dubaï vol inclus que de passer un weekend touristique en Jordanie.

Mais mon visa est « single entry » pour le moment…