Les clous de la fin de semaine.

La nuit tombe petit à petit mais sera sans doute entière une fois cet article rédigé. Mon poulet aux épices mijote sereinement. Le beurre ramollit doucement pour finir en pâte à sablé au sésame. Et je suis avachie dans mon canapé, fatiguée de ma promenade du jour. Ce week-end a été placé sous le signe de la musique. Il commença jeudi soir par un concert de SemaZen. Les musiciens sont amis avec une collègue. Elle m’a proposé de l’accompagner en me prévenant que c’est une bande de hippie. Effectivement. Les paroles ne sont pas très élaborées et parlent d’amour, de terre maternelle, de pardon, d’énergie spirituelle… sur des mélodies inspirées de gospel, de reggae et plus traditionnelles du Moyen-Orient. Au-delà des paroles, je dois avouer que tous les musiciens semblent très doués. Le clou du spectacle, à la dernière chanson, a été la performance du derviche tourneur sur une chanson arabe absolument magnifique. Il faut que je trouve l’original…

Ce week-end a aussi été l’opportunité d’apprendre de mes erreurs. Vendredi, vers midi, je décide d’aller au supermarché. Midi. Fermé. Trop tôt. Ou pas assez tard. Mais l’erreur est devenue une réussite car sur mon chemin j’ai croisé 2 amis et profité d’un café en terrasse, a enlevé au fur et à mesure mes épaisseurs pour finir en chemise. Le clou du café a bien été de tomber face à face avec un chowchow. Quelques heures plus tard, une collègue de MdM m’écrivait pour me dire qu’il neigeait à Paris (oui oui, toi Amélie).

Ma coloc a aussi déménagé ce week-end. Me voilà toute seule donc dans cet appartement, mais nous sommes à 15 minutes à pied l’une de l’autre, avec un vendeur d’alcool sur le chemin. De quoi me rassurer car il sera facile de boire une bière après les journées frustrantes du travail…

Puis la musique est revenue occuper ma soirée car nous sommes allées voir un autre groupe jouer dans un bar du quartier. L’alcool aidant certainement, la soirée fut très agréable. Et je réalise que la scène musicale est assez petite à Amman car le chanteur / guitariste de ce soir-là faisait aussi les chœurs le soir précédent. L’alternance de chansons anglaises et chansons arabes correspondait au public : un joyeux mélange de jordaniens et d’expat (en minorité). C’est intéressant de voir les contrastes entre l’importance de la tradition ici et ces petits moments d’excentricités. Je me demandais même si les parents des jeunes gens savaient où traînaient leurs enfants ! Le clou de la soirée : chanter « Wonderwall » tous ensemble avec nos accents d’horizons variés.

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Ayant proclamé le samedi comme la journée culturelle, je me suis dirigée à Darat Al Funun, une fondation soutenant les artistes du Moyen Orient et proposant des expositions dans un cadre charmant. L’exposition du moment : une série de photographie autour des barbelés. Dans ce lieu trône aussi les vestiges d’une église byzantine. L’art cache ici des vestiges. Endroit très agréable aussi pour prendre un café en terrasse et au calme. N’ayant pas eu assez d’escaliers pour le week-end, j’ai opté pour déambuler vers Rainbow Street. Je crois bien que la première personne à m’avoir parlé de cette rue était l’une de mes collègues de MdM (oui oui, toi Clotilde). Bien moins agitée que la nuit, la rue n’est pas si intéressante que ça à part pour une boutique : Jordan River Foundation. Ce n’est pas donné mais en achetant chez eux non seulement on soutient l’artisanat local (il y a des coussins somptueux, des tapis magnifiques, des babioles charmantes) mais aussi les programmes de la fondation. Puis m’apprêtant à retrouver mes pénates, je tombe sur 2 nouvelles collègues. Amman est un village.

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Cette semaine va avoir un rythme un peu plus bousculé car nos collègues de Palestine viennent à Amman pour une semaine pour des réunions d’équipes sur le programme, les activités, des échanges de pratique… Ce sera aussi la semaine de mon premier Jordaniversaire et surtout de mon enregistrement à la police pour renouveler mon visa !

Ah tiens, il fait nuit.

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Immersion en terre inconnue

Toujours en période de découverte, je ne perds pas une seconde pour partir à l’assaut de la ville, encore moins lorsqu’une collègue me propose de la rejoindre au « souk al juma » autrement dit le souk du vendredi. Pour être exacte, il commence le jeudi et se termine le vendredi soir. C’est un mélange de friperie (vêtements femmes, hommes, enfants, chaussures), quincaillerie d’occasion (un peu d’électricité, quelques équipements de cuisine) et autres objets (cire pour les chaussures…). On peut facilement passer 1h comme beaucoup plus dans cet espace à l’air libre en quête d’une veste de ski, d’un pyjama en pilou, de lingerie Simone Pérèle (étonnamment) ou d’un énième pull (je suis devenue obsédée des pulls). Un vrai paradis pour les hipsters d’ailleurs.

On trouve de toutes les qualités : du quasi neuf à du bien porté, de toutes les marques (de Primark à Courrèges), des pulls en cachemire pour 2 JD, des baskets pour tous les styles, des ceintures, du linge de maison… Mais au-delà des bonnes affaires, ce qui est intéressant, c’est cette plongée dans le quotidien ammanien. Bien entendu on croise quelques expatriés mais la majorité des visiteurs sont jordaniens. Les vendeurs hurlent littéralement dans nos oreilles mais ne sont pas insistants pour autant.

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La journée se poursuit en trek urbain et nous atterrissons à Wild Jordan. Un bar / magasin / restaurant / agence de voyage éco-friendly, éco-responsable, éco-équitable et relativement économique. Ca sent très fort l’expatrié mais cela dit on comprend : le lieu bénéficie d’une vue sur la citadelle, les produits sont de qualités, et l’addition pas trop salée. L’endroit idéal pour un déjeuner ou même un brunch, lové dans de confortables canapés.

Le lendemain, comme je tente d’avoir une activité culturelle par semaine, je retrouve une autre collègue au Jordan Museum qui couvre l’histoire de la Jordanie depuis les premiers signes de civilisation de l’actuelle Jordanie jusqu’à l’empire byzantin et avec une salle maintenant ouverte sur la grande révolte arabe. Aucune mention de Lawrence d’Arabie…  L’architecture du bâtiment est plutôt belle et se fond dans le paysage avec ses murs en pierre blanche tout en s’en détachant par sa taille et ses baies vitrées. Les guides touristiques le décrivent comme un « must ». Certes il est intéressant de voir les manuscrits de la mer morte et même des manuscrits de Pétra, de mieux comprendre la civilisation antique du pays mais je pense que vu l’inexistence de musées à Amman, celui-ci fait office du « mieux ».

A peine sortie du musée, je reçois un appel de Léane, ma coloc (qui va bientôt déménager d’ailleurs) pour me proposer d’aller acheter des plantes. L’idée m’amuse et l’appel du « vert » s’impose ! Nous voilà en route à 4 vers la périphérie nord. Puis, à partir d’un moment, une succession de pépinières animent chaque côté du trajet et nous nous arrêtons de façon totalement aléatoire. L’immersion dans le quotidien se poursuit donc : 3 canadiennes et 1 jordanien à déambuler dans les allées boueuses et à sélectionner des plantes pour apporter un peu d’oxygène à nos intérieurs sous le regard d’abord un peu sceptique puis finalement plutôt amusé du vendeur.

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Sur le retour nous passons proche du palais du Roi (mais à part les gardes il n’y a rien à voir) et devant la mosquée du Roi Hussein, la plus grosse du Pays et effectivement elle est assez impressionnante.

Le soleil a bien tapé ce week-end et il se termine avec une migraine. Mieux que la neige certes. Mais il faut toujours aussi froid le soir et c’est devant mon petit poêle à gaz que je rédige cet article en attendant que ma soupe de butternut cuise.

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On repart pour une semaine. Je vais essayer de ne pas finir avec un ulcère de frustration causé par mes chers collègues jordaniens… oui, un jour je vous raconterai un peu ce que c’est que de travailler avec une ONG locale… Mais pas ce soir.

 

Un peu de hauteur pour un premier week-end

J’entamais mon premier week-end un peu chafouine. Loin de ma routine de fin de semaine, je dois m’en créer une nouvelle et parfois ce n’est pas facile de se forcer. Je ne rentre pas déjeuner chez mes parents, je ne prévois pas de retrouver mon “cheum” après son badminton… Heureusement, le jeudi soir (car ici le weekend c’est vendredi / samedi), mes collègues me proposent de partager un verre. La bière soigne tous les maux, mais ne m’a pas permis pour autant de bien dormir. Première nuit chaotique, à la prochaine, je garde l’atarax à côté. Lors de mon premier week-end en Birmanie, j’avais visité le musée national comme une introduction à ma vie des prochains mois. Il faut en effet profiter de ces premiers weekend plutôt calmes pour faire le tour des attractions locales, s’approprier la ville, et aussi pour mieux accueillir les visiteurs des prochains mois.

J’essaie de me souvenir de mes premières impressions citadines de Yangon: avais-je autant l’impression que je ne maîtriserai jamais cette ville à mes débuts ? Que les promenades seraient insurmontables ? Ici j’ai l’avantage qu’il fait 20 degrés en moins et qu’il est plus agréable de déambuler au soleil, sans fondre sur place.

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Ma première excursion a donc eu lieu à la citadelle de Amman, perchée sur le plus haut sommet de la ville. Très rapidement, la vue panoramique me saisit. Il y a une certaine uniformité dans le paysage mais le site, en lui même, me séduit. Bon, je confesse avoir un faible pour les ruines, sans doute un héritage paternel. Donc, face à ce qu’il reste du temple de Hercule, je me rassure, je contemple, je voyage. Le site est assez étonnant car il a vu se succéder des âges différents : romains, byzantins et omeyyades. En effet, quelques pilliers font offices de ruines d’une église byzantine. Le seul bâtiment assez bien conservé est la salle d’audience du palais des omeyyades avec une coupole en bois (rajouté bien entendu). Je vois au loin l’odéon et le théâtre romain de la ville basse. Je vois un peu plus loin la mosquée du roi Abdallah. Je vois ce drapeau jordanien énorme voler dans le ciel (j’apprendra qu’il fait 30 / 60 mètres). En soit, la conservation du lieu est approximative mais les points de vue sur les différents quartiers de la ville me conquièrent. Il y a aussi un petit musée archéologique contenant objets, pierres sculptées, babioles. Peu après être sorti du musée, le chant de la prière s’élève des quatre coins de la ville. Ce moment était magique. Les échos donnaient l’impression d’une mélodie en canon, comme un souffle s’immisçant dans les lacets des ruelles jusqu’à s’élever à la citadelle. L’oxygène s’est mué en prière.

Après une promenade lente d’une heure, je décide de regagner mes pénates et entame un réel trek urbain. D’abord une sacré descente. Puis des marches. Beaucoup de marches. Près de 200 sur la totalité de mon trajet. Puis mon quartier. Je passe non loin de l’institut français. J’arrive au petit square à côté. Je passe la ligne d’arrivé. Je suis satisfaite et je ne me suis pas perdue !

Quelques personnes m’avaient dit qu’il était compliqué de marcher dans Amman. Ce n’est pas totalement faux. Mais selon moi, c’est aussi agréable que fatiguant. Ainsi, dans les méandres, on peut tomber sur des petits coins piétons résolument charmants. On accède à des vues de la ville originales. On apprécie différemment. Et puis je suis une marcheuse (encore un héritage paternel) mais je comprends aussi qu’on puisse être refroidi. Reste que je conseille quand même aux visiteurs de tenter le coup. Au pire, il y a toujours un taxi pour nous sauver des tendinites aux chevilles.

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La citadelle est une belle introduction et m’a permis de m’aérer l’esprit pour chasser un peu cette solitude des premiers temps. Un peu.

Nous verrons bien ce que me réserve la suite de ce premier week-end…