On se prépare.

Nous étions le vendredi 18 novembre, par un matin très brumeux à Montréal, quand autour de 11h30, on me tend mes contrats à signer. « Mais qu’est-ce que je suis en train de faire encore ?! Pourquoi ne sais-je pas me contenter du petit confort parisien ?».

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Après avoir lu la paperasse sur la sécurité en Jordanie, je paraphe donc le contrat, date, signe, garde un exemplaire, rend l’autre exemplaire. Voilà officiellement l’entame du pré-départ.

Oops.

Le programme des prochaines semaines : visites médicales et spécialistes en tout genre, sous-location de l’appartement, démarches administratives canadiennes et françaises, bibliographie utile pour la Jordanie et pour le poste, sauvegardes de mes documents, photos et compagnie.

Après un optimisme constant, j’ai tout de même eu ces quelques jours post-signature de « non mais vraiment ? » avec le découragement de la to-do list qui s’allonge fastidieusement… Est-ce le bon moment pour partir ? Est-ce que ma responsable n’a-t-elle pas raison de questionner mon envie de peut-être avoir une année plus confortable après avoir fini mon diplôme universitaire ?

Et en même temps la disponibilité de ma future équipe me donnent l’entrain pour me dire que ce ne sont que des petits détails et que l’aventure sera belle. Et puis qu’est-ce que 6 mois dans une vie ?

Avec curiosité je repense à ce moment, face à une pinte de blonde et une amie de longue date : je lui raconte avoir postulé à une offre en Jordanie, un peu comme ça, pour me positionner sur le marché, pour savoir si mon profil pro peut attirer. Elle me demande alors quel est ce livre que je viens d’acheter. Je le place au milieu de la table : S’enfuir de Guy Delisle.

Maudit inconscient !

Et le processus de recrutement se fait relativement rapidement, sans doute un peu trop, méthode « sparadrap ». Je postule mi-septembre, quelques jours après on me propose un premier entretien début octobre, second entretien la semaine suivante et réponse positive 2 jours plus tard. La magie d’un timing parfait car avant même de postuler, je planifiais mes congés au Canada. On pourrait penser que j’ai fait exprès mais que nenni. Même ma mère a souligné que quand même, ça se goupille vraiment bien.

Je m’attends donc un peu au moment où tout va se casser la gueule parce que les choses ne peuvent justement pas se goupiller aussi bien, non? Ou alors, après 8 mois plutôt chaotiques en 2016, j’avais oublié ce que c’était que d’avoir la providence de mon côté.

Bon il a quand même fallu passer 3 fois à la banque canadienne 3 jours de suite pour que tout fonctionne une fois en Jordanie et régler ces histoires de sécurité sociale et de mutuelle française (le mieux sera quand même de ne pas tomber malade sur place).

Ou alors, justement parce que les éléments se mettent en place plutôt naturellement, j’aime à penser que c’est “meant to be”.

Je ne sais plus si j’avais déjà raconté l’histoire de ma ligne de vie qui se sépare en deux dans un précédent article de ce blog. Adolescente, lorsqu’on est mystique et impressionnable, j’aimais l’ésotérisme et la lecture de l’avenir dans les cartes, les nuages, les pelures de pommes me fascinait. Et considérant la chiromancie, je me demandais ce que signifiait ma ligne de vie au creux de ma paume et ses deux voies déviant à un point donné, et à quelle moment aurait lieu cette rupture. Finalement, cette rupture semble sans cesse se produire. Par les mouvements géographiques, les mouvements intérieurs, par les projets inattendus, pendant bien longtemps aussi par les mouvements affectifs… Quand mes amis fondent leur foyer, achètent une maison, préparent une naissance, je me sens dans une dimension parallèle sans la capacité de ressentir ce type de besoin pourtant essentiel : construire.

Alors oui, certains diront que je construis à ma façon, que tout cela n’est pas que du vent. Pourtant ces situations ne perdurent pas, j’alimente l’éphémère. Lors d’une nuit d’été, je me suis réveillée avec le constat que j’avais déménagé dans un passage. Suis-je donc de passage ? Et ma camarade de natation surenchérit “ou tu n’es pas sage”. A vous de le prendre à votre façon.

Alors il y a certes le souhait et l’envie de repartir sur le terrain mais il y a aussi un mouvement plus égocentrique dans la démarche, cela fera l’objet d’un prochain article.

En attendant, je dois vider cette valise canadienne, fixer mes RDV médicaux et démarrer les visites de mon appart… et trouver comment renommer ce blog ! Des idées ?

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ça faisait longtemps, non ?

Pas évident de reprendre la plume sur ce blog et de retrouver cette place derrière mon clavier. Il faut retrouver ses marques, renouer avec son style. Pourtant Gisèle en Longyi reprend du service ! Comme je le souhaitais dans mon dernier post, me voilà à quelques mois d’une mission de 6 mois en Jordanie. Il suffisait presque de l’écrire pour que mon vœux soit exaucé : « vivre plus que des vacances sur place ».

Me projeter de nouveau sur  le terrain a été l’opportunité de relire une bonne partie de mon blog. Avant de dire mon « oui » définitif, il fallait quand même que je me revois dans ces moments difficiles. On me disait alors « mais maintenant tu sais ce que c’est », comme si d’avoir vécu déjà cet isolement et ces frustrations, allégerait la mélancolie de la vie d’expat. Pourtant je répondais « savoir c’est peut-être pire ».

Me voilà donc à l’aube d’une nouvelle aventure.

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Dans une première mission, tout est inédit : les démarches pré-départ, l’arrivée, les méthodes de travail, l’équilibre vie personnelle / vie professionnelle, la difficulté d’une relation à distance et surtout l’impact émotionnel de l’expatriation. Le Myanmar était loin d’être commode car non seulement ce n’est pas la porte à côté mais en plus les moyens de communication capricieux peuvent engraisser cette fameuse mélancolie du terrain.

Dans une seconde mission, on sait : on sait que ça va être galère de sous-louer un logement, on sait que les premières nuits dans un nouvel environnement vont être difficiles (ajouter de l’atarax sur ma liste pour la pharmacie), on sait qu’il va falloir s’intégrer de nouveau et construire une relation de confiance avec l’équipe sur place. Ce qui est peut être d’autant moins commode quand on arrive pour faire des ressources humaines… qui plus est en tant que femme dans un pays musulman… qui plus est avec les cheveux bleus (je devrais peut être songé à y remédier) !

Alors je relativise : je ne suis qu’à quelques heures d’avion, il y a un starbucks à Amman pour les gros coups de mou,  ce sera bien plus facile pour mes proches de passer me saluer, le poste a l’air vraiment intéressant et pour une fois je pars avec déjà des idées concrètes en tête pour l’équipe, je serais entourée de canadiens et ça c’est déjà réconfortant en soi,.

Car oui, je pars sur le terrain en tant que canadienne (j’en profite pour remercier chaleureusement ma mère d’avoir fait toutes les démarches quand nous étions bambins). Et d’une certaine manière, ça me rend un peu fière. Mais là n’est pas le sujet.

Décider de repartir c’est accepter de mettre de nouveau sa vie parisienne en pause, de manquer pas mal de « 30 ans », de fêter les miens à distance et en plein ramadan, de se remettre en difficulté professionnellement, de devoir être sociable, de gérer une relation à distance.

Accepter de repartir c’est décider d’être un peu égoïste, de se plonger dans une mission avec une nouvelle ONG, de remuer son quotidien et son confort, sa routine.

Et pour le moment, le sentiment qui prédomine c’est l’optimisme. J’aborderai presqu’un sourire naïf digne d’une birmane, sans le thanaka sur les joues… hormis lorsque j’essaie de me dépatouiller des démarches administratives d’une bi-nationale.

Les « on se voit avant que tu ne partes » ont déjà commencé…

Et puis il faut que je rebaptise ce blog !

Début de la mission : 15 janvier.