Um Er Rasas et Mont Nébo

Je continue de rayer des visites de ma to-do list. Um Er Rasas m’avait déjà fait de l’œil par le passé sans que je prenne le temps d’y aller mais le départ arrivant, je précipite un peu les visites.

Um Er Rasas est inscrit au patrimoine de l’UNESCO car le site possède des vestiges Romains, Byzantins et des débuts de l’Islam datant de la fin du 3ème siècle jusqu’au 9ème après JC. En soit le lieu ne coupe pas le souffle comme Jerash, les fouilles ne pressent pas, les ruines sont peu étonnantes. Par contre, les mosaïques sont très bien conservées et très belles à déchiffrer. C’est « amusant » de voir tous les visages qui ont été floutés pour des considérations blasphématoires. Mais c’est surtout magnifique d’étudier tous les motifs représentés.

Alors on crapahute entre les lézards et les roches. On sillonne sur le site entre les chiots en pleine sieste et le troupeau de brebis qui s’y promenaient en même temps que nous. Ce que j’apprécie toujours autant est la photogénie des pierres beiges face du ciel bleu. Le policier en charge de l’enregistrement des visiteurs nous précise qu’il y a 20 chapelles, le routard nous en indique 10, UNESCO choisit 16. Je n’ai pas compté. Le site est très étendu mais nous n’avons réussi à en faire qu’une partie sous le cagnard. Pour les amoureux d’histoire, ils seront conquis. Pour les visiteurs de passages, ils seront surpris. Cependant, je regrette le manque d’informations, pas de plan du site, des panneaux d’indications tordus par la vie indiquant des lieux aléatoires. Um Er Rasas semble un peu oubliée cependant. Nous étions les seuls. Et en parlant de solitude, 1 kilomètre à peine plus loin, nous voilà ce qui serait une tour pour les anachorètes stylites : une tour sans escalier intérieur dans lesquels les moines pouvaient s’isoler. Si vous me cherchez, je serai peut-etre par là…

Pour la suite de nos visites, nous visons cette fois le Mont Nébo. Je souris à l’idée d’enfin aller visiter le Mont Nébo alors que ce devait être ma première escapade touristique hors Amman. Puis finalement je me disais que je le ferai plus tard… plus tard… plus tard. Le Mont Nébo serait l’endroit où Moise est mort en contemplant la Terre Promise. Ce serait aussi là qu’il a fait jaillir une source d’eau en frappant son bâton sur le sol. Le site consiste en un petit musée et une église, dernièrement restaurée, et possédant de très belles mosaïques. Bien que sensiblement moins détaillées que celles d’Um Er Rasas, les rénovations révèlent les couleurs des centaines de petites facettes. Mais surtout, le site offre un panorama sur la Palestine, au delà de la mer morte. La météo un peu brumeuse par la chaleur nous empêche de voir aussi loin que nous aurions pu le souhaiter mais néanmoins, la vue est surprenante.

Nous verrons si cette visite me fera vivre jusqu’à 120 ans.

Nous passons de 800 mètres d’altitude à -400 pour pique-niquer « par erreur » sur une base militaire d’atterrissage d’hélicoptère (mais avec une vue sur la mer morte). Les visites de la matinée nous ont ouvert l’appétit et nous dévorons nos sandwiches halloumi/pesto en attendant que les militaires se décident à nous demander de quitter les lieux. Ils finissent par arriver et plaisantent que nous soyons là pour déjeuner.

Nous avions décidées avec quelques collègues de célébrer la fin de mon contrat et avions choisi la mer morte. Ce fut donc mon dernier bain en apesanteur (pour ce contrat). Ce fut mes dernières longueurs dans la piscine à débordement (pour ce contrat). Ce fut mes dernières contemplations de ces paysages désertiques (pour ce contrat).

Un dernier week-end et je serai dans l’avion.

Pétra – 2/2

Je ne sais pas par quel bout commencer car Petra est un lieu magique et j’aimerais traduire du mieux possible l’émotion des lieux.

Mon professeur d’arabe n’aime pas spécialement Petra. L’une des raisons principales étant qu’il estime qu’on le voit tellement partout en photo que les lieux perdent leur effet de surprise, de stupéfaction. Effectivement, nous avons tous vu Indiana Jones, le Trésor est sur la couverture de quasi tous les guides touristiques et autre publicités pour la Jordanie. Pourtant, l’effet de surprise est là et commence dès l’arrivée dans la ville de Wadi Musa, accès principal vers la Cité Rose.

Depuis Kerak, nous avions pris l’autoroute principale par soucis de rapidité. Le paysage est assez monotone mais change lorsque nous traversons Dana, une réserve naturelle. La verdure domine d’un coup malgré la fin du printemps. Les pins longent un trajet qui se veut un peu plus bucolique, comme une bouffée d’air frais pour les yeux. Puis nous nous rapprochons de Wadi Musa, le paysage change encore. Des petits monticules blancs comme des nuages faits de roches remplacent les pins. L’horizon troque sa mine verte pour des teintes beiges, ocres, roses.

Après une bonne nuit de repos et un petit-déjeuner archi complet (mmm des gaufres…), j’enfile mon sac à dos de quelques kilos et nous partons à l’aventure. La première partie du chemin se fait le long du lit du Wadi Musa, baptisée la nécropole de Gaïa (ancien nom de Wadi Musa donc), avec quelques tombeaux qui ne semblent pas attirer les visiteurs, excités par ce qui les attend plus que par ce qui est présent. Pourtant il s’agirait de monuments parmi les plus anciens du site. Sans doute que les bédouins nous distraient aussi de la beauté des premières ruines en nous proposant à tour de rôles des trajets à cheval.

Nous arrivons à l’entrée du siq. Ce passage creusé par un torrent il y a belle lurette, est l’accès principal vers la cité de Pétra. Large de 3 à 15 mètres, il nous conduit dans ses méandres, augmentant presque le suspense. Les couleurs de la pierre continuent de nous surprendre. Quelques vestiges des temps Nabatéens animent le parcours. Puis, le siq se resserre un peu plus et nous devinons les premières formes du Khazneh entre deux ondulations de pierre. Rien que cette première vue coupe le souffle. La sortie du siq est presque gâchée par la foule qui se pressent pour nous vendre des bricoles. Si bien que lorsqu’un des bédouins s’approche de moi pour me parler je lui dis que j’ai besoin de silence pour juste observer ce trésor. Il me demande alors si je viens de Paris… les clichés ont la vie dure, même à Pétra !

Après quelques minutes de contemplation, nous poursuivons notre route sur la rue des façades. Il faut entendre par là qu’effectivement différentes façades sur la même architecture que le Khazneh habillent les murs de pierre à différentes hauteurs et sans doute tout autant sous nos pieds. Car oui, j’avais lu que seulement 10 à 15% du site de Pétra avaient été mis à jour et que le reste serait enfoui dans le sable.

Nous passons devant l’amphithéâtre, taillé dans la pierre, aux reflets roses et bleus sous la lumière douce du matin. Puis nous marchons vers les tombes royales dont la pierre possède encore plus de reflets. Gris, noir, blanc viennent s’ajouter à la palette.

A partir de là nous entamons notre première ascension. Les marches plus ou moins raides nous mènent vers les hauteurs. Puis, une fois en haut, nous suivons les traces des autres visiteurs, peu nombreux ce jour-là. Un bref trek nous amène directement sur le toit du monde ! Bon, j’exagère sans doute mais nous voilà avec une vue plongeante juste en face du sommet du Khazneh. Et ça vaut vraiment le coup. L’édifice est bien plus somptueux d’en haut, au calme. A me donner le vertige ! Nous partageons la vue avec 2 néozélandais que nous croiserons à plusieurs reprises pour échanger quelques blagues et surtout se soutenir dans nos ascensions Pétra-isque !

Nous continuons notre route vers l’église, le nymphénaeum, les différents marchés, la rue à colonnade, le grand temple qui semblait réellement imposant. En prenant aussi le temps de se poser au pied du tombeau à étage pour déjeuner mes fameux sandwiches labneh, concombre, jambon de dinde.

Pour clôturer notre visite, nous prenons la direction du Monastère. Ma mère, après ces heures de marche intensive, souhaite profiter d’une monture. C’est donc en exploitant un petit enfant et 2 pauvres mulets que nous entamons l’ascension des quelques 800 marches. Promis je ne recommencerais pas car à cet âge, il devrait être à l’école (en Jordanie la loi interdit le travail des moins de 16 ans mais il y a bien entendu de très nombreux enfants exploités). La conduite un peu périlleuse de nos ânes en vaut la chandelle. Pourquoi ne parle-t-on pas plus de ce lieu ? Très similaire au Trésor, cet imposant monument est éclairé de pleine face par le soleil de l’après-midi. A ses pieds, des fleurs jaunes sorties du sable décorent le paysage. Mais surtout sa localisation (au sommet donc) nous donne accès à un panorama sur la mer morte au loin, la Palestine et Israël.

Cela fait 8 heures que nous déambulons, montons, descendons, observons. Cela fait 8 heures que Pétra joue de ses charmes sur nos âmes sensibilisées par la beauté des lieux. Oui, nous avons probablement tous dans notre imaginaire une construction de Pétra. Mais je réalise avoir sous-estimé la richesse des lieux, son étendue (près de 80 km²). Il y a un style différent, une atmosphère que je n’avais pas encore connue au sein d’un site archéologique. Je ne sais pas si cela tient aux Nabatéens, leur style singulier ou bien au cadre, à la nature et à la beauté de la roche.

Difficile aussi de parler de Pétra sans en évoquer les habitants ! Les bédouins sont présents sur le site et vivent tant bien que mal du tourisme à en être parfois un peu trop insistants (d’où mon agacement à l’arrivée), un peu trop sollicitant. Les bédouins du Wadi Rum semblent différents. Là-bas, il y avait une atmosphère plus traditionnelle, plus hospitalière même. Et même leur look était classique : djellaba blanche et keffieh sur la tête. A Pétra, ils avaient des airs de pirates des caraïbes à dos de mulets. Ils sont beaux, la mine bronzée mais leur look donne l’impression d’un décor de cinéma et non plus d’un site historique magnifique.

Alors oui, en tant que non résident, le touriste doit débourser 50 dinars pour 1 jour (55 pour 2 et 60 pour 3) mais j’aime croire que cela servira à restaurer certains lieux et particulièrement le Khazneh qui a connu quelques effondrements il y a quelques années.

J’ose difficilement imaginer Stendhal en ses lieux car s’il a succombé aux charmes de Florence, il aurait fini dans le coma à Pétra ! Heureuse d’avoir vu ma deuxième Merveille du Monde car impossible de deviner ce que l’avenir réserve au Moyen-Orient…

De Machéronte à Kérak – 1/2

La visite de ma mère a été l’occasion d’organiser un petit roadtrip sur un chemin dont l’apogée serait Petra. L’objectif était aussi de ne pas me taper la route non stop après la semaine de travail. C’est donc avec mes deux guides touristiques que j’ai choisi nos étapes en gardant assez de temps pour nous reposer en fin d’après-midi à l’hôtel en perspective de la journée de marche qui nous attendait sur le site de Petra.

Pour la première escale direction Macheronte (ou Mukawir) nécessitant un peu de patience pour le conducteur car la route est légèrement confusante mais les panneaux nous guident et rassurent par moment. Plus pour le panorama quasi martien que pour les ruines, le site reste tout de même saisissant. Datant du 1er siècle avant JC, c’est ici même que Saint Jean Baptiste (celui qui a baptisé le Christ non loin de là) fut décapité suite à un désaccord sur la conduite maritale du roi. Déjà à cette époque il n’était pas sage de se mêler des histoires de coeur (et pas que) des autres… Le site sera détruit par les Romains en 70 après JC, bien dommage. Il reste une colonne et les traces des édifices témoignées par la disposition des pierres. En haut, le vent nous souffle nos tignasses, le paysage est une succession de collines parsemées de chèvres et si la brume ne masquait pas l’horizon, nous aurions à portée de regard la Cisjordanie.

Nous reprenons la route… et quelle route !!! Nous nous dirigeons vers la mer morte, jugeant la chemin plus beau. C’est donc le pied sur le frein que je nous mène sur ce serpent de bitume et de sable, où les paysages tantôt désertiques et tantôt presque volcaniques se succèdent. Pas de village, pas de voitures, est-ce seulement bien le chemin ? Jusqu’à ce que nous apercevons en contre bas une étendue scintillante, la mer morte est bien là. Nous passons de 800 mètres d’altitude aux -400 de la mer morte. Une dernière oasis et nous atteignions enfin l’autoroute. Je suis soulagée, nous captons de nouveau la radio. Et nous voilà en direction de Kerak cette fois. Nous longeons toute la mer morte, notre opérateur mobile français nous souhaite la bienvenue en Israel. Oui, nous sommes tout à côté ! Nous nous arrêtons quelques instants pour admirer le littoral blanchi par le sel et poursuivons notre chemin dans les terres.

Kerak est une ville très animée, peu interessante et vraiment peu pratiquable en voiture ! Mon optimisme m’a même poussée à tenter une pente particulièrement… pentue…. résultat marche arrière sous le regard amusé des habitants. Femme au volant… Nous nous garons donc proche de la gare d’autobus (excellent spot, avis aux intéressés) pour monter vers le château.

Sur le chemin menant au château, je pensais à cette journée de décembre durant laquelle des terroristes ont tués jordaniens et une canadienne. On m’avait rapporté que les habitants de la ville, les hommes, étaient sortis avec leurs armes à feu retrouver les terroristes cachés dans le dédale de la ville. Ce qui devaient être réellement impressionnant.

Dans mon imaginaire, il s’agissait d’une forteresse énorme. En tout cas plus grosse que la réalité. La partie visible ne semble pas réellement intéressante. Par contre ce sont les sous-terrains, tunnels, recoins obscures qui démarquent réellement ce monument. Et ils sont tous accessibles. Même si certains semblent clairement périlleux… Ce Crac, construit par les Croisés français en 1142, a été repris en 1188 par le frère de Saladin puis occupés par différents sultans avant de tomber un peu en désuétude . La vue du sommet n’était pas non plus bouleversante. Voilà donc le premier monument du pays qui me déçoit quelque peu. Bon je n’ai jamais été très “châteaux” même pour faire plaisir au Habibi, ou bien nous avons dans le patrimoine français de si beaux châteaux que la barre est haute. Mais, reconnaissons que Kerak est tout de même un vestige de l’Histoire.

De retour à la voiture, je nous prépare des sandwichs de labneh, jambon de dinde, concombre et tomates cerises dans du pain pita et nous voila repartie pour la suite…