Pétra – 2/2

Je ne sais pas par quel bout commencer car Petra est un lieu magique et j’aimerais traduire du mieux possible l’émotion des lieux.

Mon professeur d’arabe n’aime pas spécialement Petra. L’une des raisons principales étant qu’il estime qu’on le voit tellement partout en photo que les lieux perdent leur effet de surprise, de stupéfaction. Effectivement, nous avons tous vu Indiana Jones, le Trésor est sur la couverture de quasi tous les guides touristiques et autre publicités pour la Jordanie. Pourtant, l’effet de surprise est là et commence dès l’arrivée dans la ville de Wadi Musa, accès principal vers la Cité Rose.

Depuis Kerak, nous avions pris l’autoroute principale par soucis de rapidité. Le paysage est assez monotone mais change lorsque nous traversons Dana, une réserve naturelle. La verdure domine d’un coup malgré la fin du printemps. Les pins longent un trajet qui se veut un peu plus bucolique, comme une bouffée d’air frais pour les yeux. Puis nous nous rapprochons de Wadi Musa, le paysage change encore. Des petits monticules blancs comme des nuages faits de roches remplacent les pins. L’horizon troque sa mine verte pour des teintes beiges, ocres, roses.

Après une bonne nuit de repos et un petit-déjeuner archi complet (mmm des gaufres…), j’enfile mon sac à dos de quelques kilos et nous partons à l’aventure. La première partie du chemin se fait le long du lit du Wadi Musa, baptisée la nécropole de Gaïa (ancien nom de Wadi Musa donc), avec quelques tombeaux qui ne semblent pas attirer les visiteurs, excités par ce qui les attend plus que par ce qui est présent. Pourtant il s’agirait de monuments parmi les plus anciens du site. Sans doute que les bédouins nous distraient aussi de la beauté des premières ruines en nous proposant à tour de rôles des trajets à cheval.

Nous arrivons à l’entrée du siq. Ce passage creusé par un torrent il y a belle lurette, est l’accès principal vers la cité de Pétra. Large de 3 à 15 mètres, il nous conduit dans ses méandres, augmentant presque le suspense. Les couleurs de la pierre continuent de nous surprendre. Quelques vestiges des temps Nabatéens animent le parcours. Puis, le siq se resserre un peu plus et nous devinons les premières formes du Khazneh entre deux ondulations de pierre. Rien que cette première vue coupe le souffle. La sortie du siq est presque gâchée par la foule qui se pressent pour nous vendre des bricoles. Si bien que lorsqu’un des bédouins s’approche de moi pour me parler je lui dis que j’ai besoin de silence pour juste observer ce trésor. Il me demande alors si je viens de Paris… les clichés ont la vie dure, même à Pétra !

Après quelques minutes de contemplation, nous poursuivons notre route sur la rue des façades. Il faut entendre par là qu’effectivement différentes façades sur la même architecture que le Khazneh habillent les murs de pierre à différentes hauteurs et sans doute tout autant sous nos pieds. Car oui, j’avais lu que seulement 10 à 15% du site de Pétra avaient été mis à jour et que le reste serait enfoui dans le sable.

Nous passons devant l’amphithéâtre, taillé dans la pierre, aux reflets roses et bleus sous la lumière douce du matin. Puis nous marchons vers les tombes royales dont la pierre possède encore plus de reflets. Gris, noir, blanc viennent s’ajouter à la palette.

A partir de là nous entamons notre première ascension. Les marches plus ou moins raides nous mènent vers les hauteurs. Puis, une fois en haut, nous suivons les traces des autres visiteurs, peu nombreux ce jour-là. Un bref trek nous amène directement sur le toit du monde ! Bon, j’exagère sans doute mais nous voilà avec une vue plongeante juste en face du sommet du Khazneh. Et ça vaut vraiment le coup. L’édifice est bien plus somptueux d’en haut, au calme. A me donner le vertige ! Nous partageons la vue avec 2 néozélandais que nous croiserons à plusieurs reprises pour échanger quelques blagues et surtout se soutenir dans nos ascensions Pétra-isque !

Nous continuons notre route vers l’église, le nymphénaeum, les différents marchés, la rue à colonnade, le grand temple qui semblait réellement imposant. En prenant aussi le temps de se poser au pied du tombeau à étage pour déjeuner mes fameux sandwiches labneh, concombre, jambon de dinde.

Pour clôturer notre visite, nous prenons la direction du Monastère. Ma mère, après ces heures de marche intensive, souhaite profiter d’une monture. C’est donc en exploitant un petit enfant et 2 pauvres mulets que nous entamons l’ascension des quelques 800 marches. Promis je ne recommencerais pas car à cet âge, il devrait être à l’école (en Jordanie la loi interdit le travail des moins de 16 ans mais il y a bien entendu de très nombreux enfants exploités). La conduite un peu périlleuse de nos ânes en vaut la chandelle. Pourquoi ne parle-t-on pas plus de ce lieu ? Très similaire au Trésor, cet imposant monument est éclairé de pleine face par le soleil de l’après-midi. A ses pieds, des fleurs jaunes sorties du sable décorent le paysage. Mais surtout sa localisation (au sommet donc) nous donne accès à un panorama sur la mer morte au loin, la Palestine et Israël.

Cela fait 8 heures que nous déambulons, montons, descendons, observons. Cela fait 8 heures que Pétra joue de ses charmes sur nos âmes sensibilisées par la beauté des lieux. Oui, nous avons probablement tous dans notre imaginaire une construction de Pétra. Mais je réalise avoir sous-estimé la richesse des lieux, son étendue (près de 80 km²). Il y a un style différent, une atmosphère que je n’avais pas encore connue au sein d’un site archéologique. Je ne sais pas si cela tient aux Nabatéens, leur style singulier ou bien au cadre, à la nature et à la beauté de la roche.

Difficile aussi de parler de Pétra sans en évoquer les habitants ! Les bédouins sont présents sur le site et vivent tant bien que mal du tourisme à en être parfois un peu trop insistants (d’où mon agacement à l’arrivée), un peu trop sollicitant. Les bédouins du Wadi Rum semblent différents. Là-bas, il y avait une atmosphère plus traditionnelle, plus hospitalière même. Et même leur look était classique : djellaba blanche et keffieh sur la tête. A Pétra, ils avaient des airs de pirates des caraïbes à dos de mulets. Ils sont beaux, la mine bronzée mais leur look donne l’impression d’un décor de cinéma et non plus d’un site historique magnifique.

Alors oui, en tant que non résident, le touriste doit débourser 50 dinars pour 1 jour (55 pour 2 et 60 pour 3) mais j’aime croire que cela servira à restaurer certains lieux et particulièrement le Khazneh qui a connu quelques effondrements il y a quelques années.

J’ose difficilement imaginer Stendhal en ses lieux car s’il a succombé aux charmes de Florence, il aurait fini dans le coma à Pétra ! Heureuse d’avoir vu ma deuxième Merveille du Monde car impossible de deviner ce que l’avenir réserve au Moyen-Orient…

De Machéronte à Kérak – 1/2

La visite de ma mère a été l’occasion d’organiser un petit roadtrip sur un chemin dont l’apogée serait Petra. L’objectif était aussi de ne pas me taper la route non stop après la semaine de travail. C’est donc avec mes deux guides touristiques que j’ai choisi nos étapes en gardant assez de temps pour nous reposer en fin d’après-midi à l’hôtel en perspective de la journée de marche qui nous attendait sur le site de Petra.

Pour la première escale direction Macheronte (ou Mukawir) nécessitant un peu de patience pour le conducteur car la route est légèrement confusante mais les panneaux nous guident et rassurent par moment. Plus pour le panorama quasi martien que pour les ruines, le site reste tout de même saisissant. Datant du 1er siècle avant JC, c’est ici même que Saint Jean Baptiste (celui qui a baptisé le Christ non loin de là) fut décapité suite à un désaccord sur la conduite maritale du roi. Déjà à cette époque il n’était pas sage de se mêler des histoires de coeur (et pas que) des autres… Le site sera détruit par les Romains en 70 après JC, bien dommage. Il reste une colonne et les traces des édifices témoignées par la disposition des pierres. En haut, le vent nous souffle nos tignasses, le paysage est une succession de collines parsemées de chèvres et si la brume ne masquait pas l’horizon, nous aurions à portée de regard la Cisjordanie.

Nous reprenons la route… et quelle route !!! Nous nous dirigeons vers la mer morte, jugeant la chemin plus beau. C’est donc le pied sur le frein que je nous mène sur ce serpent de bitume et de sable, où les paysages tantôt désertiques et tantôt presque volcaniques se succèdent. Pas de village, pas de voitures, est-ce seulement bien le chemin ? Jusqu’à ce que nous apercevons en contre bas une étendue scintillante, la mer morte est bien là. Nous passons de 800 mètres d’altitude aux -400 de la mer morte. Une dernière oasis et nous atteignions enfin l’autoroute. Je suis soulagée, nous captons de nouveau la radio. Et nous voilà en direction de Kerak cette fois. Nous longeons toute la mer morte, notre opérateur mobile français nous souhaite la bienvenue en Israel. Oui, nous sommes tout à côté ! Nous nous arrêtons quelques instants pour admirer le littoral blanchi par le sel et poursuivons notre chemin dans les terres.

Kerak est une ville très animée, peu interessante et vraiment peu pratiquable en voiture ! Mon optimisme m’a même poussée à tenter une pente particulièrement… pentue…. résultat marche arrière sous le regard amusé des habitants. Femme au volant… Nous nous garons donc proche de la gare d’autobus (excellent spot, avis aux intéressés) pour monter vers le château.

Sur le chemin menant au château, je pensais à cette journée de décembre durant laquelle des terroristes ont tués jordaniens et une canadienne. On m’avait rapporté que les habitants de la ville, les hommes, étaient sortis avec leurs armes à feu retrouver les terroristes cachés dans le dédale de la ville. Ce qui devaient être réellement impressionnant.

Dans mon imaginaire, il s’agissait d’une forteresse énorme. En tout cas plus grosse que la réalité. La partie visible ne semble pas réellement intéressante. Par contre ce sont les sous-terrains, tunnels, recoins obscures qui démarquent réellement ce monument. Et ils sont tous accessibles. Même si certains semblent clairement périlleux… Ce Crac, construit par les Croisés français en 1142, a été repris en 1188 par le frère de Saladin puis occupés par différents sultans avant de tomber un peu en désuétude . La vue du sommet n’était pas non plus bouleversante. Voilà donc le premier monument du pays qui me déçoit quelque peu. Bon je n’ai jamais été très “châteaux” même pour faire plaisir au Habibi, ou bien nous avons dans le patrimoine français de si beaux châteaux que la barre est haute. Mais, reconnaissons que Kerak est tout de même un vestige de l’Histoire.

De retour à la voiture, je nous prépare des sandwichs de labneh, jambon de dinde, concombre et tomates cerises dans du pain pita et nous voila repartie pour la suite…

 

Jerash – 2/2

La petite bande d’étudiants a continué sa journée “nordique”. Une belle mixité dans le groupe : 1 américain libanais, 1 suédois, 1 suisse, 1 hollandaise, 1 italienne, 2 allemands, 1 canadienne, notre guide irakien et moi-même. On continue bien entendu de me demander si je suis en stage ici mais là n’est pas le sujet.

Sur le chemin d’Amman, nous nous arrêtons à Jerash, dernière étape et pas des moindres. On pourrait facilement passer une journée entière sur ce seul site pour réellement profiter de tout ce qu’il a à offrir, surtout durant le printemps. L’herbe frôle les pierres, les fleurs sauvages s’incrustent un peu partout. La ville a été fondée en -400 avec JC. Elle a aussi faite partie de la Décapole romaine. Les Nabatéens sont passés par là (oui, encore eux) ainsi que les Perses et les Arabes, sans oubliés les Croisés. La ville connaîtra le même sort que les autres lieux du précédent article : tombé dans l’oubli, souffrant des tremblements de terre.

L’entrée est spectaculaire car il s’agit de la porte d’Hadrien, oui, le même Hadrien de Marguerite, édifiée en l’honneur de la visite de l’empereur en 129. Puis, on peut longer l’hippodrome (encore actif pour quelques festivités). Après le passage par le contrôle des billets au niveau de la porte sud, on arrive directement sur le forum ovale, sensé être l’un des plus grands forums romains, cerclé de colonnes de pierres blanches se démarquant ainsi de la verdure environnante. Ce forum fait office d’agora, de place publique et de marché. Un peu « the place to be ». De là on suit le cardo maximus, long de 800 mètres, qui nous emmène vers différents monuments, le nymphée, bien mieux conservé que celui d’Ummqais, la cathédrale dont il ne reste pas grand chose, au loin un arc de triomphe, quelques boutiques dont on devine le stockage à l’étage et surtout l’amphithéâtre nord dont l’acoustique reste tout à fait surprenante. Ce théâtre était davantage dédié aux réunions officielles qu’aux représentations artistiques mais pouvait accueillir tout de même 2000 personnes.

Sur le chemin, parmi les 200 colonnes corinthiennes, certaines révèlent leur tour de magie. En effet elles oscillent. Si on place son doigt entre la pierre du socle et la pierre de la colonne, on peut sentir le bout se faire pincer à intervalle régulier. Sachant qu’il y a eu des tremblements de terre dans la région, la physique des romains semblent étonnamment avant-gardiste !

On peut poursuivre la promenade par une grande boucle champêtre passant proche des églises (datant du 5 et 6ème siècle après JC), du temple d’Artémis jusqu’à arriver au théâtre sud, encore utilisé aujourd’hui, accueillant à l’époque (au 1er siècle) 5000 spectateurs. L’été, des festivals permettent à cet amphithéâtre de perpétrer sa vocation originelle. A côté le temple de Zeus où un petit escalier permet de prendre de la hauteur depuis le temple et de bénéficier d’un beau panorama sur Jerash, vue plongeante sur le forum.

En arrivant sur le site, mon cerveau a de suite superposée au décor actuel, ces images de mon séjour à Rome (remontant à l’été 2005 ou 2006, mes cheveux roses de l’époque sont devenus bleus, 10 ans plus tard). La conservation du site permet vraiment de se projeter 2000 plus tôt. Tout n’est pas parfait et il y a parfois des tas de pierres sculptées qui n’ont (ou n’auront) pas leur place définitive, comme dans l’attente de reconstituer ce puzzle de géants. Un réel coup de cœur de mes pérégrinations jordaniennes pour le moment.

Situer à une heure de route au nord de Amman (sans trafic), l’idéal est bien de profiter d’une journée sur place, visiter doucement, explorer les recoins, déjeuner sur l’herbe, profiter du cadre et perdre ses repères. La meilleure période restant le printemps, mais le lieu reste sans doute aussi majestueux quelque soit la saison !

Qui sait… Peut-être que l’occasion d’y retourner se présentera ?