Hammam à Amman

(Celle-là était vraiment facile et je sais que certains l’attendaient…)

On peut dire que j’entame la liste des choses que je souhaite faire avant de partir. Un peu comme le cours de cuisine en Birmanie, j’ai trainé avant de faire mon premier Hammam à Amman.

D’ailleurs appelons ça plutôt un « bain marocain » qu’un Hammam (car Hammam signifie toilettes en arabe). Je profite d’une promotion « Ramadan » à -50% au spa non loin de chez moi et file après le travail dans ce petit havre de paix baptisé « Nirvana Spa » (pour celles qui seraient de passage).

Je suis accueillie par la Philippine que j’avais déjà eue pour une pédicure et qui adore mes cheveux. Heureuse de me revoir, elle me guide vers la salle privée où le soin se déroulera. J’enfile la culotte jetable et elle commence par m’huiler les cheveux avant de m’enfiler une charlotte puis de me badigeonner de savon noir. Un vrai instant de régression parfumée. Je m’engouffre dans le Hammam et commencerait presqu’à m’endormir si d’un coup, la musique relaxante à fond ne venait pas interrompre mon sommeil. J’essaie de masquer mes tympans sous la charlotte (sans succès) pendant que Norah Jones hurle dans la cabine… ca me rappelle ces trajets en bus. Je rigole toute seule dans mon mètre carre de vapeur chaude. Elle m’apporte un verre d’eau « drink Habibti » et repart avant même que j’ai eu le temps de lui faire baisser le volume…

Elle revient me chercher et me fait m’allonger sur une table chauffante, « no shy no shy Habibti » même si je ne suis pas timide ! C’est parti pour le gant de crin. Sur un air de bossa nova, elle rigole de la quantité de peau morte sur mon dos. Je ne voulais pas lui expliquer avoir attrapé un coup de soleil lors d’un trek en mai, mais mon visage est engouffré dans une serviette… j’acquiesce alors : oui mon dos est cracra.

Recto, verso. Je suis exfoliée de la tête aux pieds. Elle repasse un coup de savon sur les Beatles, un coup de mousse sur Gotan Project, un coup d’eau avant d’ajouter que c’est bien plus agréable de faire un soin à une cliente au corps mince. La cliente précédente était grosse et elle mime avec son gant les volumes de graisses se déplaçant lors du grattage de peau. Elle voyait l’heure tourner mais ne voyait pas le bout des bourrelets (oui, elle avait visiblement besoin de partager sa frustration, je ne demandais pas autant de détails). « Skinny is good ». Lorsque je lui dis que certaines abusent du Mansaf (un plat jordanien bien lourd et bien gras) alors là, elle était prête à glisser sur le carrelage de rire. Je lui ajoute que ma mère dirait que je devrais prendre un peu de poids, elle insiste « no no skinny is good – you can wear everything, any dress ».  Alors je suis contente. Je peux porter n’importe quoi.

Une douche plus loin, un crémage de corps et me voila détendue, malgré tout, et propre comme un sous neuf. Je retourne dans les vestiaires troquer mon confortable peignoir pour ma tenue de ville. Une jeune femme se prepare pour son activité sportive (il y a une salle de sport au rez-de-chaussée) : retouche maquillage avec faux-cils, fond de teint à gogo, contouring complexe, nuage de parfum, et surtout quelques minutes pour faire des selfies pendant que je me sèche les cheveux de façon clairement approximative, à moitié debraillée… le contraste est frappant !

J’ai opté pour la version snob du Hammam. L’occasion me sera peut être donnée d’aller dans les Hammams publiques où les mères de famille observent les jeunes femmes dans leur plus simple attribut et les accostent pour trouver des prétendantes à leurs fils !

Eh oui !

Et vinrent les premiers jours du Ramadan

En parlant avec des collègues expatriés et jordaniens, difficile de ne pas se faire des idées préconçues. Il y a ceux qui détestent cette période : activités mortes, bruits la nuit, taxi agressifs… Et il y a ceux qui adorent : ambiance festive, générosité,  possibilité de prendre du temps pour soi…

Le ramadan est une façon de s’approprier la pauvreté par la privation tout en conservant une démarche hospitalière. La charité est aussi essentielle. Mais à la prière du crépuscule, les musulmans rompent le jeûne avec le repas correspondant au petit déjeuner (mais sans tartine vous l’aurez deviné) avant d’aller se coucher quelques heures à peine pour se lever avant la prière de l’aube et prendre leur diner avant de se recoucher pour de se relever pour aller travailler. Drôle de rythme quand même… J’avais effectivement entendu parler de certains faits : les odeurs de barbecue s’élèvent dans la rue lorsque l’iftar approchent, certains vivent la nuit et comatent au bureau en conséquence, les chauffeurs de taxi sont encore plus susceptibles durant cette période, il ne faut pas trop espérer boucler certains dossiers durant cette période… à confirmer ou non donc.

Le ramadan démarrait samedi. L’information a circulé la veille. Le bureau avait communiqué les nouveaux horaires avant le week-end (9h-15h ou 10h-16h). C’est parti pour 29 jours. Il s’agit d’une nouvelle expérience Jordanienne. Les cafés et restaurants sont majoritairement fermés le jour (sauf certains ayant pu bénéficier d’une autorisation), les boutiques et grandes surface ont aussi un autre rythme. Grosso modo de ce que j’ai compris, il faut vivre la nuit. Vendredi,  veille de ramadan donc, j’accompagnais downtown un ami palestinien en partance pour Dubaï. Il voulait changer de l’argent, je voulais acheter 2 assiettes d’Hébron. Une atmosphère de veille de noël planait : les préparatifs étaient en pleine effervescence, les magasins décoraient leur vitrine avec des guirlandes lumineuses et les fameuses lanternes, les familles faisaient leurs achats… Une quasi forme d’euphorie douce sous un soleil de 30 degrés courrait dans les rues du centre ville. Puis je me rappelais que dès le vendredi matin,  mes voisins commençaient aussi à suspendre leur croissant de lune lumineux et leurs guirlandes scintillantes à leur balcon.  Premier contact plutôt agréable donc avec le Mois Saint.

Ce premier jour officiel de Ramadan correspondait aussi avec le dernier d’une amie française. Comme dernière excursion, nous prenons la route d’Ajlun (là où il y a l’un des châteaux déjà évoqué dans un précédent post) vers les espaces champêtres : idéal pour se cacher et profiter d’un dernier piquenique à 4. Car oui, nous aussi nous ne pouvons ni manger, ni boire (ni fumer) en public sous peine d’amende. Entre les chardons et les sauterelles, nous voila sous un sacré cagnard, à l’ombre d’un arbre, à échanger sur tout et n’importe quoi. En tout cas nous honorons la tradition du partage du Ramadan… un peu moins les horaires…

Sur le trajet du retour, l’une de comparses de piquenique suggère d’aller rompre le jeûne downtown, dans l’un des célèbres restaurants de fallafels et humus nommé Hashem. Sur nos chaises en plastique, entourées d’expatriés mais aussi de jordaniens, nous voyons les pitas sortir du four, les assiettes de légumes prêtes, les coupoles d’humus sur les plateaux, nous attendons tous la prière. Les serveurs attendent aussi impatients que nous et commencent à distribuer les dattes, tradition oblige. L’appel raisonne, l’ambiance s’agite, on nous apporte d’abord l’eau, puis les différentes coupelles de notre menu. Nous jetons un coup d’œil à nos tables voisines, les musulmans mangent leur datte. C’est bon, nous pouvons y aller. Après notre repas copieux (le pois chiche bourre vraiment bien) nous faisons une courte balade dans un downtown quasi vide. Les magasins commencent à peine à ouvrir. Je comprends donc que l’action commencera après leur diner qui durera très certainement plus longtemps que le notre.

Cuisiner à Amman

De la même façon que j’avais suivi un cours de cuisine à Yangon, je souhaitais renouveler l’expérience à Amman. Non seulement c’est une façon de rencontrer des nouvelles personnes mais surtout d’aller un peu plus loin dans la culture du pays. J’ai donc profité de la présence de ma mère pour participer à un atelier proposer par Beit Sitti dans le quartier de Weibdeh, mon ancien quartier donc.

En fin de matinée, après un café et une part de cake à la rose sur la terrasse de Rumi, nous nous mettons en route vers Beit Sitti. Tout est prêt sur la terrasse, au soleil, nos tabliers nous attendent sous un parasol. Nous dégustons notre limonade à la menthe en attendant les autres participantes.

Nous voilà 6 autour de notre chef du jour et de son commis. 2 indiennes, 2 australiennes et 2 franco-canadiennes. Comme un air de Commonwealth !

Au menu :

  • Fattoush
  • Mouttabal
  • Pain pita
  • Mansaf !!!
  • Osmaliyeh

Belle surprise que de pouvoir partager un mansaf avec ma mère car il s’agit presque du plat jordanien par excellence. Tout le reste ne doit probablement pas vous parler…

Nous participons tous au partage des tâches pour une mise en commun finale. Certaines s’affairent à couper les légumes, d’autres préparent la pate à pita, certaines épluchent les aubergines cuites, d’autres cisèlent le persil et pressent les citrons. L’agneau cuit, nous préparons notre mansaf. Ainsi nous apprenons que ce que nous appelons une souris d’agneau en France, ici, ils appellent ça la banane.

Je commence à avoir faim. Cette façon de cuisiner est finalement très représentative de la culture de la région : partage et hospitalité. De grands plats recueillent le produit de notre labeur, ce qui me donne aussi envie de changer ma vaisselle parisienne…

Le fattoush est une salade de légumes (tomates, concombres, juste de citron, huile et persil essentiellement) avec du pain pita frit (le plus souvent rassis donc c’est plutôt pour ne pas le gâcher). Le Mouttabal est une sorte de babaganoush avec yaourt, tahini, ail, jus de citron et aubergine cuite. L’Osmaliyeh est un dessert bien calorique comme ils savent si bien le faire dans la région à base de pudding au lait, de fleur d’oranger et de cheveux d’ange. Et le mansaf, un plat à base de riz et de viande avec une sauce au yaourt bien gras ! Le même que j’avais mangé avec le Habibi lors de sa visite.

Deux heures environ après le début du cours et une fois nos grands plats garnis, nous dressons la table à l’ombre du parasol. Nous reprenons un coup de limonade et savourons notre labeur. Y’a pas à dire, il s’agit sans doute des meilleures versions des plats que j’ai pu manger jusqu’à présent. Cela tient peut être à la fraicheur des ingrédients, à la joie déployée en cuisinant et à la météo plus que parfaite. Moi qui n’étais pas très fan du Mansaf, je le trouve si bon que je me ressers (ma mère aussi d’ailleurs). Le mouttabal est parfait. Le fattoush avec une cuillère de mélasse de pomegrenade est divin. Et le dessert… je n’avais pas encore testé celui-là. Un peu moins costaud que le knaffeh, parfumé juste ce qu’il faut, je n’ai pas pu finir ma portion maglré ma bonne volonté mais il s’agit définitivement d’une recette à reproduire en France.

Avec un peu de chance je vous inviterai… mais si vous me le demandez gentiment, je veux bien partager les recettes !